Monsieur Paul

France 5 a récemment diffusé « Monsieur Paul », téléfilm d’Olivier Schatzky (2016) consacré à la traque du milicien Paul Touvier par un journaliste de l’Express en 1972.

En 1972, Klaus Barbie, le Nazi surnommé « le boucher de Lyon » est démasqué en Argentine. Barbie travaillait étroitement avec les services du régime de Vichy et avec la Milice. Son principal contact était un français, Paul Touvier.

Il se dit que Touvier était mort noyé dans le Rhône, avec d’autres miliciens tentant de fuir l’épuration. Il avait été condamné à mort par contumace, en 1946 et 1947. Un journaliste de l’Express, Jacques Jourdan (Laurent Gerra) est persuadé qu’il est vivant et se cache en France. Il se lance à sa recherche.

Paul Touvier (François Morel) est un homme pervers, qui ne recule ni devant le vol ni devant la trahison pour servir ses intérêts et ceux de sa famille. Il est en revanche fidèle à ses convictions de jeunesse, qui font du Juif et du Bolchevique l’ennemi à abattre. Ces convictions lui valent la sympathie de l’extrême droite catholique. Il est aidé financièrement, protégé, caché par des monastères.

Un prélat, Mgr Duquaire (Éric de Naggar) manœuvre afin que le président Pompidou accorde à Touvier la grâce qui lui permettra d’hériter et de s’établir à Lyon. Cette grâce est accordée en 1971 : Pour Pompidou, c’est un geste de réconciliation. Il faudra attendre le discours du Vel d’Hiv de Jacques Chirac en 1995, un quart de siècle plus tard, pour que la République reconnaisse la responsabilité de Vichy dans la Shoah.

Jourdan finit par débusquer Touvier, terré dans sa maison de famille à Chambéry. Grâce à une rescapée de l’attentat contre un synagogue à Lyon pendant la guerre, Yaël Klein (Madalina Constantin), il commence à assembler des preuves de l’implication de Touvier dans des exactions qui peuvent être caractérisées de crimes contre l’humanité, imprescriptibles. Sur la demande des Allemands, Touvier a lui-même choisi sept prisonniers pour être exécutés à Rillieux la Pape, tous Juifs.

Touvier parvient à échapper à la justice jusqu’en 1989, puis à éviter la condamnation jusqu’en 1994. Il meut à Fresnes d’un cancer en 1996.

Il est surprenant de voir deux artistes habituellement connus dans le registre comique, Laurent Gerra et François Morel, dans des rôles fondamentalement tragiques. François Morel est fascinant en personnage fondamentalement diabolique, ancré dans son idéologie mortifère, prêt à tout pour ses propres intérêts, malin dans son autodéfense. Pour Mgr Duquaire, il enregistre des cassettes audios où il réécrit l’histoire : certes, il a livré aux Allemands 7 Juifs, mais c’était pour sauver 93 Français innocents !