Much loved

Le cinéaste marocain Nabil Ayouch vient de réaliser un film magnifique sur des femmes de Marrakech qui gagnent leur vie par la prostitution.

Noha (Loubna Abidar), Randa (Asmaa Lazrak) et Soukaina (Halima Karaouane) pratiquent une prostitution de luxe. Conduites sur place par Saïd (Abdallah Didane), leur chauffeur, vêtues de robes de soirées aguichantes, maquillées avec soin, elles agrémentent par leurs prestations des soirées données par des hommes d’affaires saoudiens.

L’argent coule à flot, le whisky et le sperme aussi. Au petit matin, on revient dans l’appartement où l’on vit ensemble, en traversant un Marrakech blafard dont la brutale réalité tranche avec la villa avec piscine, la danse, la musique, les désirs exacerbés. On s’y affronte dans des colères homériques. On se moque des clients déjantés. On panse aussi ses bleus, quand un client impuissant se venge à coups de poing de son humiliation ou quand un commissaire de police viole la plaignante.

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Noha est leader dans ce groupe. Elle revendique sa position de super-pute, attend de ses associées qu’elles aussi elles se défoncent et ramènent le maximum d’argent. C’est qu’elle en a besoin, d’argent, pour faire vivre sa mère, sa sœur et son frère. L’argent est bienvenu, mais pas Noha. On aimerait bien qu’elle l’envoie par mandats, mais qu’elle ne remette plus les pieds à la maison : les voisins connaissent son activité, et elle n’a pas sa place dans un quartier respectable.

C’est que « much loved » est un film courageux, interdit au Maroc car il écornerait l’image du pays. Officiellement, la prostitution n’y existe pas, pas plus que l’alcool. Quant aux scènes de débauche et de sexe, elles ne seraient que provocation et voyeurisme. Or, c’est juste l’inverse qu’a voulu faire Ayouch et qu’il a réussi : un film sur la vie de femmes dignes, affrontant leur destin avec courage et une infinie tendresse.

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