Mustang

Arte TV a récemment diffusé « Mustang », film de la réalisatrice franco-turque Deniz Gamze Ergüzen, acclamé au Festival de Cannes 2015.

Dans un village à 1 000km d’Istanbul, sur la Mer Noire, Sonay, Selma, Nur, Ece et Lale, orphelines, vivent avec leur grand-mère (Nihal Koldas) et un oncle (Agberk Pekan). Le jour de la sortie des classes, juchées sur les épaules de garçons, elles improvisent un tournoi les pieds dans l’eau. C’est à qui restera le plus longtemps sur sa monture.

C’est le scandale au village : les filles se sont déshonorées en frottant leur entrejambe sur la nuque des garçons, et l’honneur de l’oncle est en cause. Les filles sont retirées de l’école ; on place des barreaux aux fenêtres, transformant ainsi la maison en prison.

Les filles s’avèrent indomptables. Comme un seul corps, elles se rebiffent. Elles font le mur pour assister à un match de foot réservé aux femmes ; la grand-mère sabote le pylône électrique qui alimente le poste de télévision par lequel les hommes pourraient voir les supportrices exaltées et découvrir leur cavale.

Puisqu’il est impossible de les maîtriser, il faut les diviser. Et pour cela, marier d’urgence celles qui sont nubiles. L’une parvient à épouser le garçon qu’elle aime au lieu du prétendant proposé par la famille ; une autre se résignera à un mariage forcé. Lorsqu’une des sœurs se suicide, les deux autres ne pensent qu’à s’enfuir.

« Mustang » est un film où l’on passe facilement du rire aux larmes. On est surtout entraîné par la fougue des jeunes femmes, et en particulier de la plus jeune, Lale (Günes Nezihe Sensoy), qui s’avère malgré son statut de benjamine comme le leader de ses sœurs.

Un documentaire sur la réalisation du film suivait sa projection. Il décrivait le contexte de régression du droit des femmes en Turquie et les actes de résistance. Il racontait les conditions du tournage, avec de tout petits moyens. Comment donner l’illusion d’une foule énorme dans un stade de football gigantesque, alors que seules les comédiennes et une trentaine de figurants étaient présents dans un stade de quartier désert ? Magie du cinéma. À noter aussi la belle musique de Warren Ellis, qui accompagne le film.