On verra bien

Incarcéré depuis trois mois, Kevin est d’un fatalisme absolu. « On verra bien », dit-il souvent à propos d’événements sur lesquels il n’a aucune prise.

 Kevin a été incarcéré pour une bagarre dont un protagoniste est sorti sérieusement blessé. Il a vingt deux ans. Avant la prison, il n’avait pas de travail et habitait un squat.

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La semaine dernière, le juge n’a pas voulu le libérer car, étant sans domicile fixe, il n’offre pas de garantie de représentation. Un parent lui fournira peut-être un certificat d’hébergement qui lui permettrait de prétendre au bracelet électronique. Mais il n’est pas sûr d’en avoir envie. On verra bien.

 Le juge lui a rappelé qu’il a déjà été condamné à la prison avec sursis, pour six mois croit-il se souvenir, sans en être tout à fait sûr. Le sursis va-t-il être résilié ? Il ne le sait pas, n’a pas trop envie de le savoir. On verra bien.

 Kevin a oublié de « cantiner » son tabac la semaine dernière. Il en est fortement dépendant, au point de « péter les plombs » lorsqu’il est en état de manque. Que va-t-il se passer lorsque ses provisions seront épuisées ? On verra bien.

 Kevin se réfugie dans un futur rêvé. Comme il s’estime innocent, l’administration pénitentiaire lui versera « cash » à sa sortie une indemnité de trois mille euros avec laquelle il s’offrira une cuite mémorable, passera son permis de conduire, achètera un camion et une caravane et partira en Espagne. Pierrette et le pot au lait. Je m’efforce de rafraîchir son enthousiasme. On verra bien, répond-il pas vraiment convaincu.

 Kevin a un projet immédiat : demander de changer de cellule, car son codétenu lui est devenu insupportable. Le fera-t-il ? Je verrai bien, la semaine prochaine lors de ma prochaine visite.