Oui à la Turquie européenne !

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Lors de sa visite en France cette semaine, le Premier Ministre turc Recep Tayyip Erdogan a réaffirmé l’intention de son pays d’adhérer à l’Union Européenne. Le Président Sarkozy a répété son opposition à cette candidature. J’en suis pour ma part un chaud partisan.

Chacun reconnaît les obstacles à surmonter préalablement à l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne : le degré inégal de développement du pays, la question de Chypre, le statut de la minorité Kurde, des divergences sur la politique à mener à l’égard de l’Iran. Si je ne mentionne pas l’Islam, c’est à dessein : je ne crois pas que ce soient les racines chrétiennes qui définissent aujourd’hui l’Europe, mais des valeurs partagées et l’envie de bâtir quelque chose ensemble. Exclure a priori l’adhésion de pays laïcs où l’Islam est la religion majoritaire impliquerait que l’on ferme aussi la porte à l’Albanie et à la Bosnie, pays balkaniques incontestablement européens. Et je ne mentionne pas non plus le facteur géographique, car s’il est vrai que la Turquie a sa capitale en Asie mineure, son poumon économique est de l’autre côté du Bosphore, donc en Europe.

Il y a une raison négative de souhaiter que la Turquie entre dans l’Union. Depuis des années, le pays a fait de la perspective de l’adhésion le pivot d’une politique de modernisation non seulement de son économie mais aussi de ses lois et ses institutions. Lui tourner le dos pourrait l’amener à considérer d’autres alliances, à l’est (Iran) ou au nord (Russie).

Mais les raisons positives sont plus nombreuses et convaincantes.

L’Europe vieillit. La Turquie est un pays neuf.

L’Europe a besoin de sécurité au Moyen Orient, une sécurité non imposée par les armes mais propagée par le commerce et la culture. La Turquie est un grand pays avec une grande histoire. Elle ne possède pas d’armes de destruction massive, elle respecte la légalité internationale et n’est pas hostile à ses voisins.

L’Europe a besoin de développer ses relations avec les pays du Moyen Orient, qui peuvent devenir à leur tour « émergents ». Des dizaines de millions de personnes parlent des langues apparentées au turc, jusqu’en Afghanistan. La Turquie peut devenir le navire amiral d’une région aujourd’hui déchirée mais qui aspire à la paix.

Accueillir la Turquie dans l’Union Européenne, c’est naturellement accepter des risques et consentir à ce que l’avenir de l’Union soit différent de son passé. Mais n’est-ce pas justement l’impulsion dont l’Europe que nous aimons a tant besoin ?

(Photo : Istanbul).