Pilotes de louage

La conduite des taxis collectifs tunisiens, voitures de louage dans le jargon local, relève davantage de la Formule 1 que du transport en commun.

 Le louage est une institution tunisienne qui marche bien. Pour se déplacer d’une ville à l’autre, on se rend à une station de louage où sont stationnées des dizaines de minibus d’une capacité de 8 passagers. On prend son ticket (il en coûte 5€ pour parcourir les 160km entre Tunis et Kairouan, par exemple). On monte dans un minibus. Lorsqu’il est plein, il démarre.

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Dans une voiture de louage

L’homme au volant du minibus considèrerait probablement le qualificatif de conducteur comme péjoratif. Chauffeur conviendrait davantage, tant il est vrai que, pied au plancher, les moteurs sont poussés au maximum de leur capacité.

 Le mot le plus approprié est pilote. Comme sur les circuits de Formule 1, il n’existe ni limitation de vitesse, ni ligne continue, ni interdiction de dépasser. La distance de sécurité entre véhicules semble hors de propos : l’objectif est de profiter de l’appel d’air du véhicule qui précède et de le dépasser en déboîtant brutalement. Que dire de la ceinture de sécurité ? Elle n’existe pas sur les sièges passagers, et de toute manière la porter laisserait supposer que le pilote est faillible : une vexation insupportable.

 Le client passager est partagé entre une sincère admiration pour la virtuosité et une profonde perplexité. La plupart des voitures de louage ont plusieurs centaines de milliers de kilomètres au compteur et une soudaine avarie ne peut être exclue ; ils dépendent de la bonne tenue des autres usagers, dont les véhicules sont parfois brinquebalants, pour ne pas parler des cyclistes et des piétons dans des villages que l’on traverse à toute allure. Bref, les véhicules de louage sont comme des bolides de Formule 1 lancés pneus lisses dans une cour d’école.