Place publique

« Place publique », film réalisé par Agnès Jaoui qui a écrit le scénario avec Jean-Pierre Bacri, constitue une satire féroce du petit monde de la communication.

« Place publique » a pour cadre un lieu très privé : la nouvelle maison de Nathalie, à 35 minutes de la Porte de Saint Cloud (à vol d’oiseau, commentent les invités). Nathalie (Léa Drucker) pend la crémaillère. Elle a invité son microcosme professionnel, à commencer par Castro (Jean-Pierre Bacri), avec qui elle collabore dans un talk-show « people » à la télévision.

Hélène (Agnès Jaoui), sœur de Nathalie et ex de Castro, est aussi de la partie, ainsi que Nina (Nina Meurisse), fille d’Hélène et de Castro, qui vient d’écrire un roman où ses parents sont caricaturés en militante des causes perdues et en égocentrique impénitent.

Hélène fait circuler une pétition pour empêcher l’expulsion d’une Afghane. Elle aimerait que Castro l’invite à son émission. « Est-elle connue ? Est-elle fille de quelqu’un de connu ? Couche-t-elle avec quelqu’un de connu ? » Ces questions résument le crédo de Castro : la seule chose qui compte, c’est d’être une star. Samantha (Sarah Suco), la serveuse, partage d’ailleurs cette fascination pour les stars. Elle n’a de cesse de réclamer des selfies aux célébrités présentes à la fête, qui prétendent détester l’exercice mais qui adorent voir leur égo magnifié.

Le problème pour Castro, c’est que même sa moumoute ne suffit plus à cacher le temps qui passe. Il est menacé de perdre son émission. On a besoin de gens plus jeunes. Et la télévision n’est plus le principal vecteur de notoriété. Une star de You Tube, sorti de nulle part, est présent à la fête, invité avec sa cour de jeunes éblouis. La fête privée organisée par Nathalie est mise sur la place publique par les réseaux sociaux.

Je suis allé voir ce film à reculons, suspectant qu’il tomberait dans le travers du cinéma français : des personnages oisifs, sans souci d’argent, totalement disponibles pour leurs affaires sentimentales. J’ai été « déçu en bien », comme disent les Québécois. « Place publique » m’a fait penser à « Ridicule » de Patrice Leconte. « Ridicule » était une critique mordante des courtisans de Louis XVI. Ce sont les courtisans d’aujourd’hui qui sont dans la ligne de mire d’Agnès Jaoui : ceux pour qui rien ne compte dans la vie que leur propre image, à la télévision ou sur les réseaux sociaux.

Castro, obnubilé par son image, se rend odieux à ceux qui lui sont attachés, sa belle compagne Vanessa (Hélène Noguerra) ou son fidèle chauffeur Manu (Kévin Azaïs). Inconscient, ou au contraire hypnotisé par le danger, il se laisse entraîner vers la déchéance et la mort comme les courtisans de Louis XVI vers l’échafaud.