Plaisir de mûres

Parmi les plaisirs de Maubuisson en septembre, la cueillette des mûres occupe une place de choix.

 Au bord d’une route forestière cyclable peu fréquentée se trouvent des dizaines de ronciers chargés de mûres. En cette matinée pré-automnale, le ciel est gris mais il souffle un délicieux vent d’ouest chargé de senteurs océanes.  

 Il y a dans le mot cueillette comme la régression à un âge supposé idyllique de l’humanité, lorsque la subsistance était à portée de la main. L’approche, pourtant, n’a rien d’une idylle. Le roncier se défend griffes et ongles. Il pique, égratigne, lacère.

 L’approche du roncier suppose patience et adresse. Il faut aviser une branche chargée et planifier la succession des mouvements du bras et de la main dans l’entrelacs des branches hostiles avec la rigueur d’un ingénieur programmant les mouvements des bras articulés de la sonde Hubble. Il faut saisir délicatement le fruit, assez fermement pour qu’il se détache, assez doucement pour qu’il ne s’écrase pas entre les doigts.

 Vient ensuite, peu à peu, une forme de jouissance. Il suffit de décaler légèrement le regard pour voir apparaître de nouveaux gisements et de nouvelles promesses. Peu à peu le saladier se remplit et j’imagine le fruit se fondre doucement dans le sucre et la farine d’une sublime tarte aux mûres noire et dorée.