Plein soleil

Arte TV a récemment diffusé « Plein soleil », film de René Clément (1960) d’après le roman « Mr Ripley » de Patricia Highsmith.

Philippe Greenleaf (Maurice Ronet), fils d’un millionnaire californien, mène la grande vie entre Rome et la baie de Naples. Son père lui enjoint de revenir à San Francisco et paye un homme de main pour le ramener à la maison.

Ce dernier, Tom Ripley (Alain Delon, dont c’est le premier grand rôle) est un charmeur. Il devient l’ami inséparable de Philippe dans ses soirées d’enfant gâté : les voilà tous deux à Rome, abordés par un aveugle demandant la charité, à marchander sa canne blanche à coups de dizaines de milliers de lires.

Tom est d’origine prolétaire, avec une volonté farouche de sortir de sa condition et de prendre la place du millionnaire. Au cours d’une partie de poker sur le voilier de Philippe, il lui décrit point par point ce qui va se passer : il va le tuer, prendre son identité, rafler son argent. Il y a une chose qu’il tait, mais qui fait partie du plan : conquérir la belle Marge (Marie Laforêt), l’amante de son partenaire. Philippe prend cela pour un jeu de rôles. Il est poignardé.

Voici donc Tom devenu officiellement Philippe Greenleaf, avec un passeport et une signature admirablement imités. La police commence à le suspecter, mais il écarte les menaces les unes après les autres. L’une des meilleures scènes du film voit Tom se débarrasser du corps d’un ami de Philippe qu’il a, lui aussi, assassiné. Dans l’escalier de l’immeuble, il lui colle une cigarette dans la bouche pour ne pas attirer l’attention d’un voisin ; dans la rue, il joue avec le cadavre la comédie d’une paire de fêtards ivres-morts.

Alain Delon est remarquable dans le rôle d’un homme que la nature a comblé de force virile, de sensualité et d’intelligence opportuniste, mais l’a fait naître du mauvais côté de la société. Maurice Ronet joue à merveille le rôle d’un jeune homme né riche et puissant, mais faible de caractère et manipulable. Marie Laforêt semble un peu absente, mais son personnage, Marge, est dépassé par ce qui se passe. Un autre grand moment du film est l’échange de regards entre Delon et Laforêt, bleu et vert, lumineux.