Providence

« Providence » (1977) est reconnu comme l’un des plus grands films d’Alain Resnais, décédé le 1er mars 2014.

 Clive Langham (John Gielgud) s’apprête à fêter en famille son soixante dix-huitième anniversaire. La nuit qui précède est atroce. Clive est terrorisé par l’approche de la mort, lacéré par des douleurs intenses. Il se soigne au vin blanc et délire. Mais ce délire est fécond : il est en effet écrivain, et dans cette nuit de cauchemar s’écrit la trame de son ultime roman.

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Un univers de cauchemar

Les personnages ne sont autres que sa proche famille : son fils Claude (Dirk Bogarde), un avocat brillant et inflexible ; la femme de Claude, la belle Sonia (Ellen Burstyn) ; son autre fils Kevin (David Warner), l’antithèse de Claude, vêtu d’un éternel pullover de laine crue, se rêvant en cosmonaute ; Helen, la maîtresse de Claude, mais qui est aussi Dolly, la femme de Clive.

 En proie à l’ivresse et à la souffrance, Clive lâche ses personnages dans un monde impitoyable, où des miliciens ratissent la forêt, emprisonnent dans un stade et assassinent froidement. Claude apparait comme un monstre calculateur, Sonia comme une femme détestant son mari mais incapable d’échapper à la vacuité de sa vie conjugale, Kevin comme un éternel perdant.

 Lâchés par Clive dans son monde de fiction, les personnages lui échappent. Leurs actions comme leurs pensées suivent des cours qu’il n’avait pas prévus. Avec gourmandise, il les place dans des situations improbables, se ravise, imagine des alternatives. Tout devient incohérent, comme est incohérente sa propre fin de vie.

 Alain Resnais n’a pas écrit le scénario de ce film, qui est dû à David Mercer. C’est à la naissance d’une œuvre romanesque que l’on assiste, puissamment ancrée dans l’esprit de l’écrivain, mais qui, associée aux vapeurs d’alcool, lui brûle littéralement les entrailles.

 La fête d’anniversaire de Clive est idyllique, un jour d’été dans le parc de son château. La nuit d’angoisse et de création désespérée semble loin. Mais une fois le repas achevée, Clive demande à ses enfants de s’éloigner, sans adieu ni embrassades.

Un anniversaire presque normal

Un anniversaire presque normal