Quand la victime rencontre son voleur

Dans The Guardian du 28 mai, Stuart Jeffries raconte sa rencontre avec le jeune homme qui, six mois plus tôt, lui avait volé à l’arraché son i-phone.

 Quelques heures après avoir vu son téléphone arraché par un motocycliste, Stuart Jeffries avait été appelé par le commissariat de police. Son agresseur, un jeune homme de 16 ans, venait d’être arrêté.

 Six mois plus tard, il fut invité, comme les autres victimes, à rencontrer le voleur. Comme celui-ci était sur le coup d’une interdiction d’habiter Londres, c’est dans les bureaux de l’équipe chargée des jeunes délinquants (Youth Offending team) à Chatham, dans le Kent, que fut organisée cette réunion.

 Le voleur était un jeune garçon noir de 16 ans, en jeans et sweatshirt à capuche. A la rencontre participaient, outre la victime et son agresseur, le conseiller chargé du suivi du garçon (« case worker ») et un agent chargé de la liaison avec les victimes (« victim liaison officer »). Ce dernier planta le décor : il s’agissait d’une rencontre de justice réparatrice (« restaurative justice meeting ») au cours de laquelle la victime formulerait ce qu’elle avait ressenti après le vol et l’agresseur exprimerait ses regrets.

 Jeffries se demande comment il se serait comporté si le vol s’était produit avec violence : une femme de 34 ans avait ainsi été frappée et traînée sur le sol jusqu’à ce qu’elle lâche enfin le téléphone convoité. Elle avait refusé de rencontrer son agresseur.

 Il dit que pendant l’entretien, le garçon s’attendait probablement à ce qu’il se mette en colère. Il lui offrit bien plus cruel que de la colère : de la pitié, pour son absence de père, pour son échec scolaire, pour la honte de sa famille.

 Le voleur avait été condamné à 18 mois de prison ou, comme alternative, au port d’un bracelet électronique, au bannissement pendant six mois de Londres, où vit sa mère, à un couvre-feu, ainsi qu’à rencontrer celles de ses victimes qui y consentiraient. Il avait fait un mois de prison avant que lui soit proposée cette alternative. En prison, dit-il, « il était OK parce qu’il connaissait des membres de bandes qui le protégeraient. Mais cette protection était une épée à double tranchant : elle signifiait qu’il était associé à des personnes qui pourraient l’inciter à commettre d’autres délits. L’alternative proposée lui donne l’opportunité de refaire sa vie d’une manière que la prison n’aurait peut-être pas permise. Il est séparé des bandes et, peut-être, de risques plus importants de récidive. Il suit un entrainement de boxe et ira au collège en septembre pour se former comme plombier ou mécanicien ».

Photo The Guardian