Queen and Country

Le dernier film de John Boorman décrit avec humour et gravité les craquements de la société britannique lorsqu’Elizabeth II est couronnée en 1952.

 Bill Rohan (Callum Turner) est arraché à la vie familiale insouciante qu’il mène sur une île de la Tamise pour effectuer son service militaire de deux ans. À la caserne, il se lie d’amitié avec Percy (Caleb Landry Jones), une tête brûlée à qui la discipline militaire est insupportable. Or, dans l’armée impériale victorieuse de l’Allemagne nazie, on ne plaisante pas avec la discipline. Pour les officiers, c’est une conception de la vie, fondée sur l’honneur et l’autorité, qui est en cause. Pour le sergent major Bradley (David Thewlis), le code militaire, qui organise la vie du soldat dans ses moindres détails, est une raison de vivre.

Percy et Bill dans leur chambrée

Percy et Bill dans leur chambrée

Bill et Percy ont deux obsessions : faire un gigantesque pied de nez à l’institution militaire, ce qu’ils réussiront en volant une horloge offerte au régiment par la Reine Victoria, et se débarrasser de Bradley en le prenant au piège du règlement militaire.

 Bill et Percy ont aussi une échappatoire : les filles. Ils prétendent avoir une longue expérience sexuelle, mais sont en réalité démunis et inhibés. Pour ne rien arranger, Bill tombe sévèrement amoureux d’une jeune fille triste qui refuse de dire son nom et qu’il appellera du nom de l’héroïne tragique d’Hamlet : Ophélie. Fort heureusement, arrive du Canada la sœur de Bill (Vanessa Kirby), totalement décomplexée, qui tombe dans les bras de Percy ; et Sophie, une jolie infirmière (Anne-Ffion Edwards), entreprend de consoler Bill.

 On rit beaucoup à « Queen and Country » qui traite de la condition militaire sur le ton de la farce et n’est pas avare d’un humour anglais décalé, subtil et délicieux. On touche aussi le tragique quand on découvre que le mal-être de l’aristocrate Ophélie est incurable, comme est sans espoir la fragilité existentielle qui oblige Bradley à se raccrocher au règlement militaire comme à une bouée, jusqu’à la folie.

 Le film parle aussi de la situation de l’Angleterre dans l’immédiat après-guerre. L’Establishment ne pense encore que par la Reine et le Pays, et le couronnement de la souveraine, qu’on regarde pour la première fois à la télévision, semble offrir aux valeurs traditionnelles une promesse d’éternité. Mais Bill et Percy n’y adhèrent pas. Ils rêvent de sexe, d’amour, de liberté, et, en ce qui concerne Bill, alter-ego de John Boorman, de cinéma.

Inconsolable Ophélie

Inconsolable Ophélie