Qu’est-ce que l’amour ?

Qu’est-ce que l’amour ? Est-il un feu auquel se brûler vif, ou au contraire prend-il patience ? La lecture, lors d’une bénédiction nuptiale, de la célèbre épître de Saint Paul aux Corinthiens, m’a plongé dans un abîme de perplexité.

 Citons quelques versets de la lettre de Paul. « J’aurais beau distribuer toute ma fortune aux affamés, j’aurais beau me faire brûler vif, s’il me manque l’amour, cela ne me sert à rien. L’amour prend patience ; l’amour rend service ; l’amour ne jalouse pas ; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil ; il ne fait rien de malhonnête ; il ne cherche pas son intérêt ; il ne s’emporte pas ; il n’entretient pas de rancune ; il ne se réjouit pas de ce qui est mal, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai ; il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout. L’amour ne passera jamais. »

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Voilà donc le message délivré aux jeunes époux. Je les imagine pourvus d’une expérience de l’amour toute différente. « L’amour est un feu brûlant, qui dévore le corps et provoque une confusion mentale pouvant aller jusqu’à la folie. L’amour est passion : parfois, il dilapide des fortunes. L’amour veut tout, ici et maintenant : pas question d’hésiter ou de temporiser. L’amour est exclusif : c’est toi que j’aime, je ne veux que toi, je te veux à moi sans partage. »

 La lettre de Paul aux Corinthiens dresse le portrait robot d’un honnête homme, modeste, désintéressé, indifférent aux offenses comme aux honneurs, patient dans les épreuves. Dans la « prière des époux », le jeune couple qui, le jour du solstice d’été, recevait la bénédiction nuptiale allait dans ce sens. Il remerciait Dieu pour les fondations de leur couple creusées dans le roc et lui demandait de guider ses coups de crayons pour qu’ils soient harmonieux. Mais il ajoutait : « n’hésite pas à bousculer nos plans, à chambouler nos calculs, à dérégler nos compas peut-être trop rationnels. Tes entorses à la géométrie humaine feront le charme de notre demeure ».

 Les traducteurs de la Bible rendent le mot « Agapè » par « amour » ou par « charité ». L’amour passion est-il l’antithèse de l’amour patient ? Mener une vie de couple charitable exige-t-il que l’on désarme la fièvre sexuelle ?

 On comprend que l’Eglise, au moment où les jeunes époux se promettent fidélité pour toujours, en appelle au long terme. Il reste que la lecture de la lettre de Saint Paul m’a laissé perplexe.