Rachid Koraïchi, la spiritualité de l’Islam

Rachid Koraïchi, né en 1947 à Aïn Beida (Algérie), est installé depuis 1968 à Paris et réalise des projets artistiques principalement au Maghreb.

Il s’exprime par une variété de médias, la céramique, la sculpture, la peinture, la tapisserie, avec une préférence pour les installations. C’est l’une d’entre elles, très particulière, le Jardin d’Afrique destiné à recueillir les dépouilles de migrants disparus en mer, qui me l’a fait connaître.

Rachid Koraïchi revendique une descendance directe avec Mahomet, le prophète de l’Islam. Il fait partie d’une confrérie musulmane, la Tidjania (ou Tijaniyya), qui s’inscrit dans la tradition soufie, une incarnation mystique et tolérante de la religion musulmane, dont une figure de proue est le Persan Djalal al Din Rûmi.

Le site Internet de Koraïchi décrit différents projets dont il est à l’initiative. L’un d’entre eux est l’association Schams (soleil), qui regroupe des brodeuses à Temacine, ville algérienne située près de Touggourt, l’un des hauts-lieux de la Tidjania.

« Vue l’image négative de l’islam « obscurantiste », écrit Koraïchi, je souhaitais donner à voir la réalité de ce qu’est l’islam « normal » et populaire au sein d’une confrérie soufie, la confrérie Tidjania. J’ai travaillé avec des amies stylistes brodeuses et les femmes de la ville. L’idée était de les initier à la création, au respect de la nature (teinture à base minérale, végétale) et de leur donner le désir de création en même temps que la possibilité d’un complément financier et alimentaire ».

À Tunis, Rachid Koraïchi a restauré, pendant 17 ans, un ancien palais de la Médina. Il  aimerait que cette maison devienne un lieu de réflexion en hommage aux « sagesses du monde », un lieu d’échanges.

Dans le jardin du Château d’Amboise, il a créé des tombes pour les 25 personnes de l’entourage de l’Emir Abdelkader décédées pendant sa captivité de 1848 à 1852. Le site Singulars, qui décrit « les jardins mémoriels de Rachid Koraïchi pour relier l’Humain à l’histoire », présente ainsi le Jardin d’Orient. L’artiste a réalisé « 25 petites pierres carrées, chacune de 49 cm de côté, symbolisant le cube de la Kaaba, pour ces musulmans exilés morts sans faire leur pèlerinage à La Mecque.

Le jardin d’Orient au château d’Amboise

Chaque stèle en pierre d’Alep est surmontée d’une sculpture en bronze ciselé avec le nom de chacun des morts afin que l’ombre créée par le soleil le dessine sur la pierre. Le jardin est bordé de sept cyprès comme sept gardiens et une ligne de romarins montre la direction de La Mecque. »

Citons enfin les pierres tombales réalisées à Tibhirine pour honorer la mémoire des 7 moines trappistes assassinés le 21 mai 1996. « On existe, on peut disparaître et revivre avec les autres et dans les autres », dit Koraïchi.

Poème de Rûmi, dans l’atelier de l’association Schams à Temacine