Réduire les inégalités ?

Le président Macron a donné le 25 août une interview de 22 pages au magazine Le Point. Sa conclusion : « la France a tout pour réussir, avec un objectif : être plus forte et réduire les inégalités ».

Tiré à 100 000 exemplaires, le magazine a fait l’objet d’un tirage supplémentaire de 60 000 exemplaires. C’est justifié : on trouve dans cette interview un exposé exhaustif de la pensée politique du président.

Je m’attache ici à la part de cette interview consacrée à la réduction des inégalités. Macron en appelle à la libération des énergies et, par cette libération, « à en finir avec notre imposture de ces dernières années : celle d’un pays dur aux faibles mais qui se gargarise d’égalité et de fraternité, d’un pays corseté par les règles et les rentes qui se croit un pays de liberté, d’un pays inégalitaire qui ne fait pas place au mérite, d’un pays à la fois inefficace et injuste, inefficace parce qu’injuste. »

En finir avec l’imposture de la patrie de l’égalité

« Le système français protège très bien les « insiders », ceux qui bénéficient d’un contrat stable, mais c’est au prix de l’exclusion complète des autres (les plus jeunes, les moins qualifiés ».

Les aides (à l’emploi, au logement…) ne s’attaquent pas à la racine des maux dont souffre la société française : « c’est quand vous réformez le marché du travail et du logement que vous faites une politique pour la jeunesse. C’est en recréant des libertés et de la mobilité. C’est en donnant aux gens, selon leurs mérites, l’opportunité de gravir les échelons dans la société : voilà l’esprit républicain ! On en a perdu le sel, on est devenu une société de statuts : le contraire de l’idée même de république. »

Emmanuel Macron veut donner, dans les dispositifs de formation, une priorité aux chômeurs. Il pense que nous vivons dans un mouvement inéluctable de transformation du travail, car nous sommes entrés dans une économie de l’innovation, des compétences et du numérique. On est maintenant appelé à changer plusieurs fois de métier pendant une vie professionnelle. La formation doit être au service de la mobilité.

Pour ce qui est de la santé, il entend développer une stratégie axée sur la prévention, décloisonner le public et le privé. En matière de travail, « ce qui peut bouleverser la donne, c’est une vraie politique de lutte contre les discriminations, une vraie politique de formation, une vraie politique d’ouverture du marché de l’emploi, des mesures fortes contre les discriminations et une vraie politique de réduction du coût du travail. »

Inégalité face au logement

 

La prison, creuset d’inégalités

En somme, s’il fallait élaborer des indicateurs pour juger l’efficacité de l’action engagée, ce sont les écarts de revenus, le chômage des jeunes, leur accès à la propriété de leur logement, l’intégration des fils de l’immigration qu’il faudrait mesurer. Des objectifs « de gauche » avec des moyens « de droite ».

Je me permets de proposer au président un terrain privilégié de lutte contre les inégalités. Il s’agit de la pratique policière et judiciaire. La prison, qui se trouve au bout d’un processus qui passe par l’interpellation et le jugement, est un lieu hautement inégalitaire. Dans « L’ombre du monde », le sociologue Didier Fassin notait que le risque d’incarcération est multiplié par seize pour les personnes qui interrompent leurs études avant seize ans par rapport à celles qui les poursuivent au-delà de 20 ans.

Les raisons de cette criante inégalité sont multiples. Il y a en partie la politique du chiffre : il est plus facile à un policier d’interpeller un fumeur de marijuana dans la rue d’un quartier défavorisé qu’un addict à la cocaïne dans une salle de marché. Il y a la réticence des juges à laisser en liberté des étrangers ou des SDF qui ne présentent pas de « garantie de représentation ». Il y a l’opinion publique qui hiérarchise sans pitié les trois piliers de la politique pénale : 1- Punir (le plus sévèrement possible) 2- Neutraliser (aussi longtemps que possible) 3- Réinsérer (si possible.)

Inégalité face à l’emploi

Donner la priorité à l’accompagnement hors les murs

Bien souvent, la prison elle-même renforce les inégalités : en coupant les attaches professionnelles et familiales des personnes incarcérées, elle contribue à les marginaliser davantage.

Le président a avalisé le programme de construction de 15 000 places de prison supplémentaires de son prédécesseur. Il est temps de faire marche arrière, de privilégier résolument les actions d’accompagnement en milieu ouvert et de réduire la population carcérale, comme en Allemagne, aux Pays-Bas et en Finlande. Accessoirement, si l’on peut dire, cette réorientation permettrait d’économiser le milliard d’euros de frais de fonctionnement additionnels qu’occasionnerait le programme d’extension du parc carcéral, s’il était réalisé.

La prison, un lieu de portes fermées