Rodin

« Rodin », film de Jacques Doillon, raconte la période la plus créative de la vie d’Auguste Rodin, alors que l’on célèbre le centenaire de sa mort.

En 1880, le sculpteur Auguste Rodin (Vincent Lindon) reçoit sa première commande publique : « la porte de l’enfer », d’après l’œuvre de Dante. Il a quarante ans. Il est passionné par son art et par sa pétillante élève Camille Claudel (Izia Higelin), d’un quart de siècle sa cadette. Mais il refuse de rompre avec sa compagne depuis plus de quinze ans, Rose Beuret (Séverine Caneele), une ouvrière qui fut l’un de ses premiers modèles.

Jacques Doillon nous présente des séquences successives de la vie de Rodin jusqu’aux lendemains de sa rupture avec Camille en 1892. Son film évoque leur relation passionnelle, de la fusion artistique et charnelle jusqu’à une brisure dévastatrice pour la jeune femme, que les frustrations et la rancœur acculent à la paranoïa. Sur ce plan, il est nettement inférieur au « Camille Claudel » réalisé par Bruno Nuytten en 1988 avec Adjani et Depardieu dans les rôles principaux.

Là où le film est remarquable, c’est dans la description du processus créatif. Lorsque Rodin sculpte une statue de Balzac, il fait poser une femme enceinte nue. L’artiste entend ainsi exprimer comment l’écrivain était lourd des quelque 250 personnages qu’il mit au monde dans ses romans. Ses jambes musclées sont comme enracinées dans le sol, parcourues par la sève nourricière. « Je te tiens », dit-il à son Balzac statufié quand enfin, après des années de travail, il estime avoir touché au but.

Aux côtés de Camille, Rodin est fasciné par la sculpture « La Valse » que celle-ci vient de lui dévoiler. Il voit les danseurs tourbillonner, jusqu’à ne plus toucher terre tant leur amour les transporte. C’est magnifique, dit-il. Et c’est bien le sentiment qui touche en de nombreux moments les spectateurs du film de Doillon.

Selon les appréciations du site Allociné, « Rodin » obtient 3,7/5 auprès des critiques de cinéma, et 2,1 auprès des spectateurs. Les premiers ont été sensibles à la méditation que propose Doillon sur un art capable de transformer le marbre en chair tremblante ; les autres ont été déçus de l’absence d’intrigue véritable.

Jacques Doillon pensait initialement réaliser un documentaire sur Rodin. Les amateurs de fiction peuvent être déçus par son film. Les passionnés d’art se régaleront.