Saint Jacques… La Mecque

« Saint Jacques… La Mecque », film de Coline Serreau (2005), est une réjouissante comédie sur un thème à la mode : le pèlerinage.

 Clara (Muriel Robin), Pierre (Artus de Penguern) et Claude (Jean-Pierre Darroussin) sont une fratrie on ne peut plus hétérogène. Entre la professeure de lycée laïque murée dans son intransigeance, le cadre supérieur stressé convaincu de sa supériorité et le chômeur professionnel qui vit pour le sexe et l’alcool, c’est peu dire que le courant ne passe pas : ils en viennent facilement aux mains. Pour les réconcilier, leur mère a eu, avant de mourir, une idée diabolique : conditionner l’héritage à la participation, ensemble, au pèlerinage du Puy en Velay à Saint Jacques de Compostelle, sous la conduite d’un guide professionnel, Guy (Pascal Légitimus).

 On devine le happy end : les deux frères et la sœur, réconciliés, toucheront l’héritage et iront ensemble se recueillir dans la maison où ils ont grandi ensemble. Ils auront auparavant traversé des paysages sublimes, souffert d’épuisement, de faim et de soif, mis à mal le guide par leurs rixes incessantes, connu l’horreur d’arriver à l’étape et de découvrir qu’il n’y a plus de place au gîte.

 Il y a dans ce film des scènes très drôles, comme celle où deux religieuses sont chargées de filtrer et de réécrire les intentions de prière déposées par les pèlerins et qui seront lues à la messe. Et puis, il y a les drames qui affleurent peu à peu dans les conversations d’étape en étape : le cancer, l’infidélité conjugale, l’alcoolisme…

 Le titre du film vient d’une supercherie inventée par Saïd (Nicolas Cazalé) pour accompagner au pèlerinage de Compostelle Camille, la camarade de lycée qu’il aime en secret. Il fait croire à la mère de son ami Ramzi (Aymen Saïdi) qu’il emmène son fils au pèlerinage de « Saint Jacques La Mecque » pour le guérir de sa dyslexie.

 Ramzi ne sait pas lire et a intériorisé le fait qu’il est « tebe » (bête). Peu à peu Clara va abandonner ses préjugés (je suis professeure de lycée, pas institutrice) et lui apprendra à lire avec des trésors de patience et de pédagogie. Ramzi pourra dire à sa mère que, s’il n’est pas allé à La Mecque, il a du moins appris à lire. Mais sa mère meurt alors que le groupe est proche de l’arrivée à Compostelle. Une scène émouvante se déroule sur une plage du Finisterre galicien : le groupe regarde Saïd annoncer à son ami le décès de sa maman. Ce moment est filmé en plan large à quelques centaines de mètres de distance, et les deux personnages semblent se mouvoir comme des ombres chinoises disloquées.

 J’ai aimé ce film, qui fait écho à mes préoccupations de rencontre interculturelle entre le nord et le sud de la Méditerranée. Et le concept de pèlerinage n’est pas très éloigné de celui de transhumance…

Clara et Ramzi sur le chemin de l'écriture

Clara et Ramzi sur le chemin de l’écriture (Allociné)