Saint-Laurent

Le biopic d’Yves Saint-Laurent par Bertrand Bonello représentera la France à la compétition des Oscars.

Parfois, je vois dans le ciel des robes légères et colorées, mais lorsque je les réalise tout redevient pesant, dit en substance Yves Saint-Laurent (Gaspard Ulliel). Le film nous présente son héros comme profondément déséquilibré, tiraillé entre deux personnalités.

Côté anges...

Côté anges…

Du côté de la légèreté céleste, il y a l’émerveillement d’Yves pour le corps de la femme, son amour de l’opéra, sa capacité à innover à la pointe du crayon, la symphonie de formes et de couleurs, l’appartement qu’il fait décorer d’une manière éblouissante. Il y a aussi une vie coupée du réel, sans souci financier, sans courses au supermarché, sans enfants à charge. On pourrait citer aussi les drogues et l’alcool qui l’aident à planer et à surmonter le stress de l’échéance des collections.

L’alcool et la drogue sont aussi une addiction croissante, qu’il faut ranger du côté de la pesanteur. Si l’âme est sublime, le corps est malmené, sali par des amours de rencontre dans la boue d’un chantier. La relation avec Jacques de Bascher (Louis Garrel) est physique, hypnotique, violente. La corporalité est aussi présente dans la création d’Yves Saint-Laurent. Il aime toucher les tissus, les découpe, joue avec leur texture et leur volume.

C’est du déchirement entre l’en-haut et l’en-bas que naît le génie de l’artiste Saint-Laurent. La fortune de « YSL » viendra de son association intime avec Pierre Bergé (Jérémie Reynier). C’est lui qui vend la « marque », puis « l’homme » Saint-Laurent et la transforme en mine d’or de l’économie mondialisée. C’est lui qui, le délivrant des soucis de gestion, lui permet de rester un pur créatif.

Yves Saint-Laurent s’entoure de femmes magnifiques, ne particulier les égéries incarnées par Aymeline Valade et Léa Seydoux. Ces femmes ne sont pas des objets de désir. Elles sont des anges, à ceci près qu’ils ne délivrent pas un message divin mais le reçoivent : « soyez belles et libres, devenez les déesses que vous êtes, la mode est le rite qui permet ce passage ».

Une scène particulièrement émouvante est le relookage de Mme Daez (Valérie Bruni-Tedeschi) qui, par la magie d’Yves Saint-Laurent, entre, timide et tremblante, dans une nouvelle dimension de sa féminité.

... et côté démons

… et côté démons