Sans filtre

Le Théâtre des Salinières à Bordeaux programme actuellement « sans filtre », une pièce de Laurent Baffie mise en scène par Jean Mourière.

Lorsqu’un buraliste nommé Philippe Maurice entre en consultation chez un psychiatre prénommé Maxence, ce dernier ne se rend pas compte de la dynamique qui se met en marche. Le nouveau patient se plaint que les filtres qui lui permettaient de mener une vie normale ont subitement et mystérieusement disparu. Il exprime crûment tout ce qui lui passe par la tête, ou plus exactement en-dessous de la ceinture. Son inaptitude à une vie sociale normale fait de sa vie un enfer.

Le patient arrive avec un dossier médical complet. L’IRM de son cerveau est normal. Aucune explication ne peut être donnée à sa maladie. Le psychiatre pourrait constater son impuissance. Mais reconnaître son ignorance est impensable ; par ailleurs, Maurice a le profil idéal du malade que l’on peut traiter à vie, créant ainsi une source permanente de revenus pour le cabinet.

 Car le psychiatre appartient à un cabinet de groupe. On verra successivement intervenir un chirurgien spécialisé dans le business juteux des implants mammaires, Jean Phil (j’enfile…), une chiropractrice musclée, Ruth (rut…), et même une pédiatre qui considèrera le petit Philippe, en pleine régression, comme un bébé.

 Le chapelet d’insultes d’obsédé sexuel que ne cesse de proférer le patient a tôt fait de transformer le cabinet en pétaudière :  c’est que tout le monde couche avec tout le monde, et chacun faisait semblant de l’ignorer. Comme dans toute bonne pièce, le coup de théâtre final amène le spectateur à considérer ce qui s’est passé sous un tout autre angle.

On peut être agacé par l’accumulation de grossièretés et avoir la sensation que « ça ne vole pas haut ». Mais le titre de la pièce, « sans filtre », invite le spectateur à se laisser aller, pour une fois, et à rire de bon cœur des plaisanteries les plus épaisses. Celles-ci se succèdent à un rythme si effréné que l’on se prend au jeu et que, au lieu de se laisser engluer, on éprouve de la légèreté.