Séjour aux Monts Fuchun

« Séjour aux Monts Fuchun », film de Gu Xiaxuxang, offre une plongée passionnante dans la Chine d’aujourd’hui. Il envoûte le spectateur par son rythme méditatif et la splendeur des images.

Le film s’ouvre par une fête de famille à l’occasion des soixante-dix ans de l’Ancienne. La joie fait place à l’inquiétude et à la tristesse quand celle-ci est saisie d’un malaise et hospitalisée. Au fil des deux années et des huit saisons que raconte cette histoire, elle s’enfoncera dans la sénilité.

Les Monts Fuchun sont ceux qui bordent la ville de Hangzhou, à 200km de Shangaï sur le fleuve bleu. Dès le début, il est question d’argent : celui que l’on a prêté sans espoir de retour ; celui qu’on a emprunté et qu’on ne parvient pas à rembourser ; celui dont on aurait besoin pour acheter un appartement, alors que les prix ont flambé ; celui que garantirait aux enfants un beau mariage, et qui les mettrait à l’abri du besoin.

Ils sont quatre frères. L’aîné fait vivre vaille que vaille un restaurant. Le second frère, le troisième et le cadet, mènent leur vie comme ils le peuvent. L’un vit de petits boulots dans la construction ; il a été plaqué par son épouse ; il ne vit que pour son fils, un adolescent trisomique. L’autre est pêcheur et habite avec son épouse sur sa barque. Le dernier vit chez sa maman et n’a pas pris son indépendance.

Cette histoire est traversée de deux interrogations. Qui va prendre en charge la maman devenue dépendante, financièrement et dans la vie quotidienne ? Quelle décision prendra la fille unique de l’aîné, amoureuse d’un professeur de lycée sans fortune mais promise par sa mère à l’héritier d’une famille riche qu’elle n’aime pas ?

Tout change à toute vitesse dans cette Chine en plein bouleversement, sauf le fleuve et les montagnes, sauf l’arrivée de l’hiver qui, chaque année, sublime le paysage devenu blanc. Comme un contrepoint à cette frénésie, le film de Gu Xiaxuxang prend le temps de montrer. Il dure 2h30. Pendant plusieurs minutes, il suit le jeune homme amoureux nageant dans le fleuve pour retrouver sa chérie. Une belle scène est celle de leur mariage, seuls avec un prêtre bouddhiste au bord du fleuve. Ils se courbent pour saluer la nature et les ancêtres avant de se tourner l’un vers l’autre et de se saluer, comme s’ils se découvraient pour la première fois.