S’évader vers un autre monde

Dans The Economist 1843 (avril – mai 2017), Ryan Avent s’étonne de voir de nombreux jeunes déserter le marché du travail. Il estime que les jeux vidéo, de plus en plus performants, jouent un rôle.

« Au cours des 15 dernières années, explique Ryan Avent, il y a eu une fuite continue et déconcertante de jeunes de la force de travail aux États-Unis. Entre 2000 et 2015, le taux d’emploi des hommes de 20 à 29 ans sans formation universitaire a baissé de 10 points, passant de 82% à 72%. En 2015, 22% des hommes de ce groupe – un ensemble de gens dans les années les plus cruciales de leur vie de travail – disaient aux enquêteurs qu’ils n’avaient pas travaillé pendant les douze mois précédents. C’était en 2015, alors que taux de chômage national était tombé à 5% et que l’économie américaine avait créé 2,5 millions d’emplois. En 2000, moins de 10% des hommes se trouvaient dans une telle situation. »

Ryan Avent explique cette désertion par l’attrait des jeux vidéo. Des jeux comme Destiny, Crusader Kings II ou Hearts of Iron sont beaux, narrativement intéressants, enrichissants et collaboratifs. Ils adaptent le niveau de difficulté aux profils des joueurs, de sorte qu’ils ne sont découragés ni par un excès de facilité, ni par le sentiment qu’ils sont hors de portée.

Illustration de Patrik Svensson pour The Economist

 

« Il semble, écrit Avent, que les jeux d’aujourd’hui sont en train de remplacer les carrières, les amitiés et les familles et d’empêcher les jeunes (en particulier les jeunes hommes) de commencer des vies réelles, adultes. »

Le risque est que, les années passant, les jeunes pris au piège des jeux vidéo se trouvent à l’orée de la trentaine professionnellement et socialement déclassés. L’auteur utilise une belle tournure pour l’expliquer : « they game their days away » (en jouant, ils font s’enfuir leurs jours).

Toutefois, dit Avent, il ne faut pas incriminer trop vite les jeunes qui se laissent happer par les jeux. La société a évolué dans un sens inégalitaire, et les jeunes en début de carrière se voient souvent proposer des postes à faible rémunération, sans rapport avec leur qualification réelle. Plutôt que de jeter la pierre aux jeunes qui cherchent à s’évader dans un monde virtuel, la société ferait mieux d’investir massivement dans des dispositifs leur permettant d’affronter sereinement le monde réel.

C’est en lisant le courriel hebdomadaire de Ian Stewart, l’économiste en chef de Deloitte (accessible gratuitement sur demande) que j’ai eu connaissance de cet article de The Economist. Dans un courriel plus récent, Stewart cite un économiste américain, Irwin Seltzer. Dans un article au Sunday Times, celui-ci attribuait le déclin de la force de travail masculine à l’addiction aux opiacés, à l’héroïne et à la marijuana. Des millions d’Américains sont au chômage ou ont abandonné la recherche d’emploi malgré la vacance de près de six millions de postes de travail. Irwin Seltzer affirme qu’entre 25% et 50% des candidats à des postes qualifiés échouent à des tests de détection de drogue routiniers.