Strange fruit

France Culture a récemment diffusé, dans le cadre d’une série musicale d’été, une émission évoquant la chanson mythique de Billie Holiday : Strange fruit.

« Strange fruit » est un poème écrit par Abel Meeropol en 1937 et mis en musique par ses soins. Il évoque le lynchage de deux noirs, Abram Smith et Thomas Shipp à Marion, Indiana, le 7 août 1930.La photographie montre une foule de blancs souriant sous l’arbre qui soutient les pendus.

Voici le texte du poème :

 

Southern trees bear a strange fruit,

Blood on the leaves and blood at the root,

Black bodies swinging in the southern breeze,

Strange fruit hanging from the poplar trees.

 

Pastoral scene of the gallant south,

The bulging eyes and the twisted mouth,

Scent of magnolias, sweet and fresh,

Then the sudden smell of burning flesh.

 

Here is fruit for the crows to pluck,

For the rain to gather, for the wind to suck,

For the sun to rot, for the trees to drop,

Here is a strange and bitter crop.

Les arbres du Sud portent un fruit étrange / Du sang sur les feuilles et du sang sur les racines / Des corps noirs se balancent dans la brise du Sud / Un fruit étrange est suspendu aux peupliers

Scène pastorale du vaillant Sud / Les yeux exorbités et la bouche tordue / Le parfum de magnolia doux et frais / Puis l’odeur soudaine de chair brûlée

Voici un fruit que les corbeaux cueillent / Que la pluie fait pousser / Que le vent assèche / Que le soleil fait mûrir / Que l’arbre fait tomber / Voici une récolte étrange et amère

L’émission de Julie Gacon, dans France Culture, inclut plusieurs enregistrements anciens de Strange fruit. Elle raconte que Billie Holiday chanta en 1939 la chanson au Café Society, ouvert par Barney Josephson l’année précédente. Cet établissement se voulait résolument anticonformiste. Au contraire des pratiques ségrégationnistes, il considérait que la place des noirs était aussi bien dans la salle que sur la scène.

Lorsque Billie chantait Strange Fruit, les serveurs devaient interrompre leur service. À la fin de la chanson, la salle était plongée dans un noir complet, à l’exception d’un spot éclairant le visage de la chanteuse.