Tourisme de masse en Turquie

Des centaines de Français sont acheminés chaque semaine en basse saison vers les gigantesques infrastructures touristiques de la région d’Antalya, au sud de la Turquie.

 « Voici le voyage que vous avez gagné : gratuit pour deux personnes, vol aller et retour France – Antalya, transferts aéroport – hôtel – aéroport, un guide francophone qui vous accompagnera durant tout votre séjour, 7 nuits en hôtels 4 ou 5 étoiles en chambre double, 7 petits déjeuners sous forme de buffet, circuit touristique guidé. »

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En petites lettres, il est précisé que si le voyage est gratuit, il faut tout de même débourser 99€ de taxes d’aéroport et de frais par personne. Mais l’offre est si alléchante qu’elle semble peu crédible. On craint l’arnaque. Pourtant, on reçoit bien une convocation, il y a bien un comptoir d’enregistrement pour le vol d’Onur Air et l’Airbus 321 plein à craquer s’envole bien de Toulouse avec seulement 20 minutes de retard.

 Nous récupérons nos bagages à l’aéroport d’Antalya vers 2h du matin et la machine touristique se met en marche avec efficacité. A un premier guichet, on nous pointe et on nous assigne un autocar. Dans l’autocar, on nous pointe de nouveau et on nous attribue un bracelet en caoutchouc dont la couleur est fonction de la prestation achetée, pension complète, demi-pension ou chambre et petit-déjeuner seulement. Le bracelet est si solidement fixé qu’on ne peut s’en défaire qu’en le découpant. La gestion d’un groupe de touriste s’apparente parfois à celle d’un cheptel !

 Nous arrivons à l’hôtel vers 3h du matin. Malgré cette heure insolite, une collation nous est offerte. La machine fonctionne 24 h sur 24, et la qualité du service en est le moteur.

 L’hôtel comporte 8 blocs d’environ 120 chambres chacun. Bien que l’établissement affiche 5 étoiles, l’ameublement de la chambre et son insonorisation toute relative suggèrent un classement de deux degrés inférieur.

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Articles touristiques près de l’aqueduc d’Aspendos

 Le lendemain, nous découvrons l’environnement de l’hôtel, le Crystal Paraiso Verde. Il est situé à quelques centaines de mètres de l’immense plage de sable de Belek. Sur des kilomètres, les hôtels de grande capacité se succèdent, certains vraiment luxueux entourés de golfs, d’autres comme le nôtre destinés à la masse. Beaucoup sont en construction.

 Une fois arrivé à l’hôtel, le touriste en est en quelque sorte le prisonnier : les boutiques et restaurants locaux se situent à plusieurs kilomètres. Sur place, tout se paye au prix fort et en euro, y compris l’eau minérale indispensable puisque l’eau du robinet n’est pas potable. En excursion, le groupe déjeune dans des restaurants isolés au prix standard de 15€, boissons en sus.

 Le voyage gratuit revient en réalité à environ 400€ par personne si l’on ajoute quelques excursions facultatives. Si l’on considère que son coût réel est de l’ordre de 1200 à 1500€, le reste est subventionné par de grandes entreprises qui vendent des produits de luxe (tapis, bijoux, cuirs) et consacrent à ce sponsoring une partie de leur budget de communication, par l’industrie touristique elle-même qui baisse ses prix en basse saison pour maintenir en fonctionnement les infrastructures et conserver un emploi permanent, et directement par des subventions ou indirectement par des dégrèvements fiscaux, par les pouvoirs publics.

 Participer à ce type de voyage « gratuit » présente des contraintes : les heures passées chez les sponsors au lieu de visiter, des destinations d’excursion choisies pour leur moindre coût plus que de leur intérêt, la vie en vase clos dans des hôtel isolés, le sentiment de payer un prix exagéré pour des biens essentiels tels que l’eau minérale, la discrimination dans le groupe entre ceux qui achètent la pension complète et ceux qui ne déjeunent pas à midi. Mais cela reste une excellente opportunité de découvrir ce pays magnifique qu’est la Turquie. On en profite d’autant mieux si l’on sait « comment ça marche », quel est le modèle économique qui sous-tend le tourisme de masse hors saison et si l’on a, d’avance, une idée de ce que le voyage « gratuit » va réellement coûter.

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Autocars près d’un restaurant touristique dans la région d’Antalya