« Transhumances » revient !

« Transhumances » revient après de nombreux jours de silence. Une hospitalisation prévue pour six jours a duré plus de trois semaines à la suite de complications. Je raconterai dans de prochains articles l’expérience de la clinique, les lectures que m’a offertes l’hospitalisation et ma fréquentation assidue de la chaîne de télévision Arte.

 L’intervention chirurgicale, réduction de la taille de la prostate et couture d’une hernie inguinale, est courante. Mais une infection s’est déclarée, qui a requis un second passage au bloc opératoire. Voici quelques premières impressions.

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Étrange impression de préparer un corps sain à un traumatisme qui l’endommagera.

 Douleur de la sonde vésicale qu’il faut débloquer lorsque s’amoncellent des caillots de sang, douleur de l’élastoplast qu’il faut, encore et encore, arracher.

 Angoisse, après que sonde et perfusion ont été retirées, de les voir réintroduites parce que s’est déclaré un abcès et que la température du corps atteint 40°C.

 Honte de mon corps sale, souillé d’urine, de l’abcès qui dégage une odeur fétide.

 Inquiétude pour les cours d’arabe, qui ont déjà repris et qu’il ne sera peut-être pas possible de rattraper. Gêne de ne pouvoir rendre aux prisonniers la visite hebdomadaire qu’ils attendent.

Colère contre la clinique qui dispose d’installations médicales à la pointe du progrès et vient de doubler le nombre de chambres, mais ne propose pas la wifi à ses patients clients. Il n’y a pas de prise électrique accessible du lit pour recharger le téléphone portable. Pas de décoration sur les murs. Un minuscule écran de télévision, dont la taille a peut-être été calculée pour favoriser le cross-selling de services ophtalmologiques !

 Doux plaisir d’indolence, sans rendez-vous, ni objectifs, ni cadences. Sieste à volonté, lecture de la presse quotidienne, documentaires animaliers.

 Joie de recevoir des visites, celle de Brigitte tous les jours, Thierry et Florence venus spécialement de Paris à Bordeaux deux week-ends, Frédéric revenu d’Indonésie, des amis bordelais.

 Satisfaction enfantine d’avoir tant de monde à mon service que je peux sonner à toute heure du jour et de la nuit, qui m’apportent mes repas, qui s’occupent de ma toilette intime. Et parmi tout ce monde, de très jolies femmes.

 Admiration pour le professionnalisme et l’empathie des infirmiers et aides-soignants, hommes et femmes, équipes de jour et de nuit. Leur désir d’éviter de faire souffrir. Leur souci de comprendre ce qui va de travers, de ne pas le laisser dans l’ombre, d’en parler avec le chirurgien. Hommes et femmes, jeunes ou moins jeunes, expansifs ou timides, salariés de la clinique ou intérimaires, parfois en sous-effectif, ils fournissent un travail admirable. Conversations inattendues sur un cinéaste japonais, sur des études de droit parallèles à l’exercice du métier d’infirmière, sur un ancêtre gouverneur de La Réunion.

 Relation de confiance et de défiance avec le chirurgien urologue, que je sens un moment désarçonné par l’évolution de ma situation, à qui je fais promettre de ne pas mettre en œuvre des demi-mesures et qui, peu à peu, regagne son crédit.