Un Château en Italie

« Un château en Italie », film de Valeria Bruni Tedeschi où elle joue aussi le rôle principal, raconte l’histoire d’une famille confrontée à une série de catastrophes : la faillite financière qui oblige à vendre la propriété de famille, la mort du frère des suites du Sida, un désir d’enfant inabouti. Il faut pourtant vivre, malgré tout.

 Louise (Valeria Bruni Tedeschi), sa mère (Marisa Borini) et son frère Ludovico (Filippo Timi), sont les héritiers d’un industriel piémontais richissime. Le train de vie de la famille devient insoutenable. Il va falloir vendre le château familial. Filippo, physiquement attaché à cette propriété et aussi physiquement miné par le Sida qui le ronge, s’y oppose.

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Louise a dépassé la quarantaine. Elle est obsédée par le désir d’avoir un enfant. Elle tombe amoureuse de Nathan (Louis Garrel), de vingt ans son cadet. Comme Louise, Nathan est un comédien qui n’en peut plus de jouer la comédie, mais ne sait pas non plus se comporter dans la vraie vie. La relation entre les amants est tumultueuse. Louise parvient à grand peine à convaincre Nathan de pratiquer une insémination artificielle, mais ses espoirs s’effondrent dans une fausse couche et dans la rupture amoureuse.

 La mort de Ludovico coïncide avec la vente du château, l’abattage d’un chêne et la plantation d’un jeune arbre. Louise et sa mère sont abattues, mais on sent bien aussi qu’une page étant tournée, une autre peut s’ouvrir. Nathan, apprenant le décès de Ludovico, a fait le voyage de Turin…

 « Un château en Italie » est très autobiographique. Valeria Bruni Tedeschi n’est pas tendre avec elle-même ni avec sa famille, que des serviteurs décrivent comme des « dégénérés ». Les personnages apparaissent comme sérieusement psychotiques. La caricature est si forte qu’elle en devient gênante. Mais elle permet aussi les meilleures scènes du film. A l’hôpital où on doit lui implanter l’embryon fécondé par le sperme de Nathan, Louise se croit victime d’une erreur d’identité et sa crise de panique, où tout s’embrouille pour elle, est franchement drôle. Dans l’église de Naples où les femmes stériles s’assoient sur un fauteuil béni censé leur apporter la fertilité, elle fait un scandale car les religieuses ne veulent pas la laisser entrer, elle qui vit dans le péché. A l’hôpital où séjourne son frère, elle arrive à l’hôpital les bras chargés d’un ventilateur acquis de haute lutte dans un magasin qui venait de fermer. elle apprend que Ludovico vient de mourir : elle ne sait plus quoi faire de cet ustensile devenu dérisoire.

 Comme dans tout bon film italien, la religion est au premier plan. Dans la première scène, Louise tente d’apaiser ses angoisses dans un monastère, mais est rattrapée par l’angoisse de rater son train. Dans une des dernières scènes, le curé chargé de célébrer les obsèques de Ludovico arrive à l’église en retard, trainant une petite valise. Il prononce un sermon sur l’acceptation de la souffrance, interrompu par un ancien ami de la famille qui l’interpelle du haut de la tribune et souligne l’indécence de son propos.

 « Un château en Italie » ne figure pas parmi les meilleurs films que nous ayons vu récemment. Mais le personnage fêlé et touchant de Louise / Valeria, quelques scènes fortes et originales et le charme de l’Italie en font une œuvre attachante.

Valeria Bruni-Tedeschi et Filippo Timi

Valeria Bruni-Tedeschi et Filippo Timi