Un Lyonnais à Guantanamo

The Guardian du 12 août reproduit un article initialement publié par le New York Times du romancier américain John Grisham. Il dénonce le scandale du pénitencier de Guantanamo à partir d’un cas précis, celui de Nabil Hadjarab, jeune algérien qui a grandi près de Lyon. Actualisation au 6 septembre. Nabil Hadjarab a été libéré de Guantanamo et transféré en Algérie. Le mouvement d’opinion se poursuit pour qu’il soit autorisé à vivre en France, le pays où il a grandi.

 « Il y a environ deux mois, j’ai appris que quelques uns de mes livres avaient été bannis de Guantanamo Bay. Apparemment, des détenus les demandaient, et leurs avocats les amenaient à la prison, mais ils n’étaient pas autorisés à cause d’un « contenu inadmissible ».

Nabil Hadjarab

Nabil Hadjarab

 Je devins curieux et identifiai un détenu qui aime mes livres. Son nom est Nabil Hadjarab, et c’est un Algérien de 34 ans qui a grandi en France. Il a appris le français avant d’apprendre à parler arabe. Il a de la proche famille et des amis en France, mais pas en Algérie. Élevé près de Lyon, c’était un joueur de football doué et il rêvait de jouer pour le Paris Saint-Germain, un autre club français d’élite.

 Tragiquement pour Nabil, il a passé les dernières 11 années à Guantanamo, la plupart du temps en confinement solitaire. Depuis février, il a participé à une grève de la faim, ce qui a conduit à son alimentation forcée. »

 John Grisham raconte que Nabil a été livré à l’armée américaine par des indicateurs corrompus prêts à dénoncer n’importe quel innocent  afin de recevoir la prime de 5.000$. Il fut torturé et amené à Guantanamo. Dans le pénitencier, « il fut soumis aux horreurs de la procédure du camp : privation de sommeil, privation sensorielle, températures extrêmes, isolation prolongée, pas d’accès à la lumière du jour, presque pas de récréation et soins médicaux limités. Et en 11 ans, on n’a jamais autorisé une visite de sa famille. »

 En 2007 puis en 2009, des rapports officiels conseillaient sa libération, mais rien ne s’est passé.

 « L’administration Obama a annoncé qu’elle retournerait quelques prisonniers arabes en Algérie. Il est probable que Nabil sera l’un d’entre eux. Si cela arrive, une autre erreur tragique sera faite. Son cauchemar ne fera que continuer. Il sera sans domicile. Il n’aura pas de soutien pour réintégrer une société où beaucoup seront hostiles à un ancien détenu de Guantanamo, soit parce qu’on le supposera extrémiste, soit parce qu’il refusera de rejoindre l’opposition extrémiste au gouvernement algérien. (…)

 Que devraient faire les autorités américaines ? Ou que devrions-nous faire ?

 D’abord, reconnaître l’erreur et formuler des excuses. En deuxième lieu, fournir une compensation. Les contribuables américains ont payé 2 millions $ par an pour garder Nabil pendant 11 ans à Guantanamo ; donnons quelques milliers de dollars au gars pour qu’il se remette sur ses pieds. En troisième lieu, faire pression sur les Français pour qu’ils autorisent son retour. »

 « Cela semble simple, mais ça ne se passera pas », dit tristement John Grisham. Toujours est-il que la presse française s’intéresse à son cas et qu’une pétition circule sur change.org : « 11 ans à Guantanamo pour rien. Ramenons Nabil Hadjarab en France ».