Una questione privata

« Una questione privata » (une affaire personnelle) sera le dernier film des frères Taviani.

Paolo et Vittorio Taviani ont réalisé ensemble des films pendant un demi-siècle. J’avais aimé « César doit mourir » (2013), documentaire qui racontait le montage d’une pièce de Shakespeare à la prison romaine de Rebibbia. La référence à Shakespeare est présente aussi dans « una questione privata ». Vittorio est décédé en avril dernier à l’âge de 89 ans.

En 1944, Milton (Luca Marinelli), ainsi appelé en raison de son anglophilie, fait partie d’un maquis. Entre les fascistes qui tiennent encore les villes et les partisans dont les bases sont en montagne, la lutte est sans quartier. On exécute les prisonniers, sauf si on parvient à les échanger.

Or, Giorgio (Lorenzo Richelmy), l’ami d’enfance de Milton, est arrêté. Milton en fait une affaire personnelle. Il obtient de son chef une permission et parcourt le maquis à la recherche d’un « cafard » (un fasciste prisonnier) qu’il puisse échanger contre Giorgio. Ses motivations sont troubles : il agit par amitié sincère ; mais il a besoin aussi que Giorgio lui explique ce qui s’est passé entre lui et Fulvia (Valentina Bellè), la jeune femme dont ils étaient tous deux amoureux. Et s’il survit et que Giorgio meurt, une pensée encore plus toxique lui occupe l’esprit : il serait débarrassé d’un rival.

« Una questione privata » est un film inégal. L’intrigue n’est guère crédible : la folie d’amour et de jalousie de Milton, qui le pousse à abandonner pour un temps le combat partisan, est trop insensée pour être vraie. Mais le film reste remarquable pour quelques scènes mémorables.

Dans une cour de ferme, éclairée par un soleil couchant, gisent les corps des membres d’une famille assassinée. Une petite fille vêtue de blanc se relève d’entre les morts, entre dans la maison pour boire un verre d’eau puis va s’étendre de nouveau près du cadavre de sa mère.

Un groupe de partisan détient un prisonnier fasciste qu’il va probablement exécuter : il n’est pas échangeable, car il est fou. Sa folie, c’est le jazz : il s’imagine batteur dans un orchestre et, de la voix et de l’entrechoquement de bâtons, il interprète une partition endiablée.

Dans une caserne, un jeune chef fasciste doit faire un exemple à la suite de l’assassinat d’un de ses hommes. C’est un tout jeune prisonnier qui est choisi pour être exécuté. La scène est d’une grande violence implicite, mais révèle aussi la fragilité et la dignité de personnes qui y sont confrontés, comme acteurs et comme victimes.