Une prison ouverte en Norvège

Dans son édition du 27 mai 2017, le magazine The Economist a publié un intéressant article sur la prison ouverte de Bastoy en Norvège.

Le titre de l’article est « trop de prisons rendent les gens mauvais encore pires. Il y a une meilleure façon de faire. » Il est emprunté à un ancien ministre de l’Intérieur britannique (home secretary) : « la prison est un moyen coûteux de rendre les gens mauvais encore pires. »

Un journaliste de The Economist s’est rendu à la prison de Bastoy, en Norvège, située sur une île du Fjord d’Oslo. C’est le plus grand centre de détention de bas niveau de sécurité dans le pays. Il compte 115 détenus, condamnés à en moyenne 5 ans de prison, avec une moyenne d’âge juste inférieure à 40 ans. Les détenus viennent d’autres prisons, à niveau de sécurité plus élevé, après en avoir fait la demande et avoir vu leur dossier examiné. Ils y restent en moyenne un an et demi.

Terrain de sport à Bastoy

 

Libres de leurs mouvements

La prison est organisée comme une petite communauté insulaire, avec 80 bâtiments, des routes, des plages, des forêts et des terres agricoles.

Les détenus sont libres de leurs mouvements dans l’île. Ils doivent être dans leurs maisons respectives (on ne parle pas de « cellules ») chaque jour de 23h à 7h et le weekend de 23h à 8h. Ils ont accès à 5 cabines téléphoniques, où leurs correspondants peuvent les rappeler, ce qui réduit pour eux de coût des communications.

La philosophie de Bastoy est ainsi exprimée : « on attend de tous les membres du personnel qu’ils aient une compétence, une compréhension et un centrage sur les relations humaines et comment nous influençons les autres et sommes influencés par d’autres, en plus du respect pour la manière dont nous utilisons et prenons soin de la nature autour de nous, dont nous faisons tous partie. »

La prison comporte un centre de traitement des addictions aux drogues et à l’alcool, dont l’objectif est de motiver le détenu à choisir une vie libre de drogue à sa libération.

Salle de cours à Bastoy

Apprendre la responsabilité

Interviewé par The Economist, le gouverneur de l’île, Tom Eberhardt remarque que dans une prison normale, les détenus sont nourris à la petite cuillère : « ils ne prennent qu’une ou deux décisions par jour, par exemple quand aller aux toilettes. » À Bastoy, on leur fait prendre presque autant de décisions que s’ils étaient libres. En enseignant aux détenus la responsabilité, Bastoy tend à « créer de bons voisins ».

En contrepoint de cette prison ouverte, le journaliste de The Economist évoque la situation aux États-Unis, pays dont le taux d’incarcération est d’environ 700/100 000 habitants, soit dix fois plus que la Norvège (74/100 000).

Le procureur général de Donald Trump, Jef Sessions, vient d’ordonner aux juges fédéraux de demander la peine maximale pour les trafiquants de drogue. Même si les prisons fédérales ne comptent que 10% des détenus aux États-Unis, son intervention prouve que les avocats de la main dure contre le crime conservent une forte influence.

L’article propose une réflexion sur la peine de prison, en particulier sur son effet dissuasif. Il remarque que les délinquants ont souvent une vue à court terme : « une peine de dix ans les dissuade à peine plus qu’une peine d’un an, bien qu’elle coûte 10 fois plus. »

La bibliothèque à Bastoy

Limiter l’usage de la prison

« Réserver la prison aux pires délinquants présente des bénéfices palpables. En Amérique, par exemple, incarcérer un condamné fédéral coûte huit fois plus que de le soumettre à la probation. En second lieu, cela évite de frotter les petits délinquants avec des criminels endurcis, qui leur apprendraient de mauvaises habitudes. »

L’article recommande d’utiliser une pratique très courante à Bastoy : la thérapie cognitive du comportement. Elle consiste à aider les gens à identifier les déclencheurs (personnes, lieux et choses) qui les poussent à commettre un délit ou un crime. Cette pratique pourrait réduire la récidive de 10 à 30%.

Tore, condamné à 14 ans de prison pour trois tentatives d’assassinat sous l’empire de la drogue, a obtenu à Bastoy un diplôme de charpentier. Il sera probablement libéré dans 3 ans. Son rêve : « être une personne normale et payer mes impôts ».

L’église de Bastoy