Vers des prisons « non-fumeur » ?

La Grande Bretagne vient de s’engager dans un processus d’interdiction du tabac en prison. Est-ce concevable en France ?

L’usage massif du tabac en prison constitue un sérieux problème de santé publique, tant pour les détenus qui, dans l’espace confiné de leur cellule peuvent se trouver activement ou passivement exposés pendant des heures, que pour le personnel de surveillance. C’est aussi une question d’argent, une bonne partie de ce que gagnent les détenus qui ont la chance de travailler disparaissant en fumée.

Le Canada a proscrit le tabac en prison depuis 2008, la Nouvelle Zélande depuis 2011 et l’Australie, partiellement, depuis 2013. En Grande Bretagne, il a été décidé de supprimer totalement le tabac dans les quatre prisons du Pays de Galles à partir de janvier 2016, et dans quatre prisons d’Angleterre à partir de mars 2016.

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Fumeur dans une prison anglaise

 

 

Les autorités britanniques savent qu’il faut avancer prudemment. Fumer en prison est, comme à l’extérieur, un rite social. C’est aussi une addiction, dont le sevrage est compliqué et qui, dans l’ambiance stressée de la prison, peut poser de vrais problèmes de sécurité. Par ailleurs, le tabac est une monnaie d’échange qui permet d’accéder à des produits et services licites (la « cantine ») ou illicites. C’est pourquoi la politique du sans tabac sera appliquée progressivement en Angleterre, et accompagnée de mesures d’accompagnement médical et du développement de la cigarette électronique.

Pour le moment, aucun programme semblable n’est évoqué en France. Il est clair pourtant que, tôt ou tard, la lutte anti-tabac s’imposera entre les murs. Il sera intéressant de voir alors si s’ouvre un autre débat, qui concerne le cannabis. Les effets du tabac sont catastrophiques en général, mais spécialement en prison : l’inhalation de goudrons dans un espace confiné accroit les risques pour les poumons et les artères ; la nicotine a un effet stimulateur, dans un environnement où les occasions de s’énerver sont quotidiennes.

La question du cannabis

Le cannabis a un effet inverse à celui du tabac : il ne stimule pas, il détend et réduit l’anxiété. Il altère la perception du temps, ce qui dans le monde d’ennui que constitue la prison constitue un avantage. En outre, son effet addictif est inférieur à celui de la nicotine.

Certes, le cannabis se fume comme le tabac, et provoque donc, par son usage répété, les mêmes désordres pulmonaires et cardiovasculaires. Mais on peut se demander si une libéralisation de son usage en prison ne serait pas un utile complément à l’interdiction du tabac. De telles réflexions sont évidemment inconvenantes, dans un contexte où beaucoup de détenus sont enfermés pour trafic de stupéfiants. Mais les questions inconvenantes ne sont-elles pas, souvent, les plus pertinentes ?

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