Visages Villages

Je suis tombé sous le charme de « Visages Villages », documentaire d’Agnès Varda et JR.

J’ai vu plusieurs films d’Agnès Varda, en particulier « Les plages d’Agnès », très autobiographique. J’avais été séduit par l’exposition « JR – Ellis » à la Base sous-marine de Bordeaux. Je reproduis ici, avec son autorisation, la chronique de Visages Villages par Pierre-Yves Cossé. 

« Sur recommandation de ma fille et de mon gendre, devenus citoyens des Etats-Unis, j’ai vu Visages Villages. Un document attachant, nostalgique et poétique.

Les habitués du Luberon apprécieront la séquence sur Bonnieux sous le soleil : le sonneur de cloches de l’église haute, la jolie jeune fille à l’ombrelle et l’agent de police rurale.

Et tous seront séduits par la découverte de lieux inattendus et par la rencontre avec des hommes – surtout des femmes – de condition généralement modeste.

L’héroïne, réalisatrice et actrice, Agnès Varda a 88 ans. Petite mais alerte, riche de souvenirs et de lieux de mémoire, curieuse de tout, à l’aise avec des inconnus, elle ferait oublier son âge, s’il n’y avait une vision déficiente et une difficulté à monter au haut d’un château d’eau (la maladie des escaliers) décoré de poissons qu’elle a photographiés le jour même dans la poissonnerie du coin et une vision déficiente. Peu de chances que vous oubliez cette tignasse bicolore, blanche et rousse, sa manière simple et directe de prendre contact et de faire parler.

Pour un Nantais, Agnès réveille le souvenir de son compagnon, Jacques ; le Nantes de Jacques Demy est toujours présent, celui de Lola, d’Anouk Aimée aussi mystérieuse que le Passage Pommeraye.

Son partenaire JR, aux lunettes de soleil et au chapeau mou inamovibles, pourrait être son petit-fils, 34 ans. Couple déséquilibré qui fait penser à celui de notre président de la République. A la fois, affectueux et insolent, JR a le mérite de posséder un camion photographique qui produit en cinq secondes des portraits grand format à partir de photos prises à l’intérieur du camion. Autre mérite, il fait l’essentiel du travail physique, en particulier le collage des portraits au haut de grandes échelles.

Le film se présente comme une ballade à travers la France, non planifiée. A chaque étape, des volontaires sont photographiés et leurs portraits monumentaux sont collés dans des lieux publics : murs de maisons, d’usine, de grange, de wagon de marchandise, ou de bunker de la seconde guerre mondiale échoué sur la plage. Leur durée est éphémère, le temps d’une marée pour l’image d’un ancien ami d’Agnès apposée sur le bunker. Mais certains de ces portraits circuleront sur le web à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires, rendant célèbres de parfaits inconnus. L’assistance est généralement convaincue et accepte de raconter sa vie, mais certains jugent l’exercice futile.

Portait d’une vieille dame qui est la dernière à refuser de quitter sa demeure située dans une rue de maisons en briques de mineurs du Nord ; ils ne peuvent pas comprendre murmure t’elle. Portraits d’ouvriers sur leurs lieux de travail levant les bras pour afficher leur énergie et leur unité. Portraits de femmes de dockers du Havre, aussi vigoureuses que leurs maris, sur un échafaudage de conteneurs. Portrait de chèvre bien encornée, manière de protester contre ces éleveurs qui rasent les cornes parce que les chèvres sont trop belliqueuses. Portrait en pied d’un céréaliculteur s’occupant seul de plusieurs centaines d’hectares sur le mur de son immense grange. Portraits de vacanciers dans un village à moitié abandonné.

Outre le commentaire, l’implication d’Agnès est parfois plus personnelle : pèlerinage dans un cimetière minuscule où repose Cartier-Bresson, rapprochements avec des photos prises tout au long de sa vie et même… exposition de ses petits pieds potelés sur un wagon.

Agnès Varda aime pleinement la vie et elle sait communiquer son amour. »

Pierre-Yves Cossé, Août 2017