Wadjib

Dans « Wadjib, l’invitation au mariage », la réalisatrice Annemarie Jacir entraîne le spectateur dans la tournée d’un père et de son fils partis distribuer en main propre les invitations au mariage de leur fille et sœur.

À Nazareth, ville palestinienne intégrée au territoire d’Israël, on ne badine pas avec les traditions. Envoyer les invitations à un mariage par la poste serait considéré comme une offense. Il faut faire le tour des amis pour leur remettre le faire part de la main à la main. C’est obligatoire, de rigueur : « wadjib ».

Shadi (Saleh Bakri), un homme d’environ trente ans, est revenu d’Italie au pays pour participer au mariage de sa sœur Maria (Maria Zreik). Au volant de la vieille Volvo familiale, il accompagne son père (Mohammad Bakri) dans la tournée des faire parts. Pendant une journée, ils pénètreront dans une quinzaine de foyers, boiront force café et mangeront une quantité de gâteaux. Ils constateront qu’un gouffre les sépare.

Là où Shadi voit les ordures non ramassées et la circulation chaotique, son père reconnait sa patrie, le seul lieu sur terre où il pourrait vivre. Shadi vit maritalement en Italie avec une jeune femme qu’il aime ; son père ne voit dans cette liaison qu’une passade, et s’évertue à convaincre son fils d’épouser une fille du pays. Le père ne supporte pas la queue de cheval et les chemises roses du fils ; celui-ci ne comprend pas le respect aveugle, par son père, des bonnes manières.

Shadi n’accepte pas ce qu’il considère comme les accommodements de son père avec le pouvoir israélien. Enseignant, celui-ci flatte l’inspecteur d’académie juif pour obtenir sa promotion comme directeur d’école et entend l’inviter au mariage de Maria. De manière symétrique, son père considère l’exil de son fils en Italie comme une fuite.

Exténués par une journée de visites protocolaires et d’algarades, les deux hommes se retrouvent sur la terrasse de la maison pour partager un café. Le fils, qui n’a cessé de critiquer la tabagie de son père, accepte une cigarette. Le lien du sang est plus fort que tout. Père et fils vivent sur des continents différents. Tout les sépare. Tout, sauf la filiation.

Les deux acteurs principaux, Mohammad et Saleh Bakri, sont père et fils dans la vie. Leur interprétation est remarquable.