Zone interdite : plongée dans la justice pénale

Le magazine « Zone interdite » de M6 a récemment consacré une émission à la justice pénale. Celle-ci est disponible en replay.

Le titre de l’émission laissait craindre une charge contre le « laxisme » de la Justice : « escroqueries, agressions, délits routiers, que risquent vraiment les coupables ? » Seul le titre est racoleur. Le documentaire, qui suivait au plus près la vie d’un tribunal correctionnel, celui de Dijon, est informatif et permet de comprendre de l’intérieur de que vivent magistrats, victimes, délinquants et avocats.

L’équipe de « Zone interdite » a été autorisée à filmer des interventions de police, des audiences de tribunal, l’arrivée d’un détenu à la maison d’arrêt, une audience du juge d’application des peines au sein de la prison. C’est l’ensemble du processus pénal qui est ainsi donné à voir.

Fétiche Fon, Bénin, 19ième siècle. Musée d’Aquitaine, Bordeaux.

 

Plusieurs situations sont présentées : un homme appréhendé chez lui pour trafic de drogue ; un autre, pour exhibitionnisme ; un SDF alcoolique arrêté après avoir planté un tournevis dans l’épaule d’un passant ; un conducteur qui, refusant une priorité, a renversé deux personnes qui circulaient en moto, les blessant gravement.

Le tribunal insiste sur le dénuement de la justice. À Dijon, 41 magistrats traitent 26 000 affaires chaque année. En France, il n’y a pas plus de magistrats en 2017 qu’il y a un siècle, quand la population était de 40 millions d’habitants. Ils (ou elles, car la profession est féminisée) travaillent souvent 10 heures par jour.

Le reportage explique bien les différentes étapes d’une procédure en Correctionnel : l’enquête de police, la garde à vue, la décision du placement en détention ou non, l’audience, la décision du juge, l’incarcération ou l’aménagement de peine. On assiste à une audience selon la procédure du « plaider coupable » : le délinquant, assisté de son avocat, est mis en présence du procureur. S’il reconnaît les faits qui lui sont reprochés, et si les deux parties se mettent d’accord sur une sanction, celle-ci est présentée pour homologation au juge.

L’aspect humain n’est pas moins intéressant. Dans la salle d’audience, les magistrats surplombent le justiciable et son avocat, la victime et son avocat et le public. Une juge d’une quarantaine d’années explique combien il lui est difficile de ne pas penser à sa fille lorsqu’elle juge un prédateur sexuel ; une juge d’application des peines, en fin de carrière et d’allure plutôt revêche, essaie le plus possible d’offrir une seconde chance aux délinquants et de leur éviter la prison, tout en connaissant les risques de récidive.

On comprend, par ce reportage, que le point de vue des victimes n’est pas encore correctement pris en compte par la Justice. Un homme comparait pour avoir, en refusant une priorité, renversé une moto et gravement blessé ses passagers. Il n’était pas sous l’emprise de l’alcool. Son casier judiciaire est vierge. Lorsqu’une victime, pendant l’audience, tente de l’apostropher, la juge l’interrompt en lui disant que c’est à elle qu’elle doit s’adresser, car sinon « ce serait la foire d’empoigne ». Il manque clairement l’organisation d’un face à face entre la victime et l’infracteur. On se trouve ici, bien que le reportage ne le mentionne pas, dans la problématique de la Justice restaurative.