Brooklyn Affairs

Canal+ a récemment diffusé « Brooklyn Affairs », film d’Edward Norton (2019) dans la mythique New-York des années cinquante.

Le réalisateur joue lui-même le rôle principal, celui de Lionel Essog, un détective qui cherche à se venger des auteurs du meurtre de son patron et père de substitution, Franck Minna (Bruce Willis).

Lionel avance vite dans son enquête. Il soupçonne que Franck était sur la piste d’une énorme affaire de corruption impliquant un magnat de l’immobilier, Moses Randolph (Alec Baldwin). Se faisant passer pour un journaliste, il entre en contact avec Laura Rose (Gugu Mbatha Raw), une jeune avocate opposante aux projets de Randolph qui visent à raser des quartiers occupés par des pauvres, appartenant généralement aux minorités noires et hispaniques, et à  construire à la place des résidences de luxe.

Moses Randolph est en effet une brute épaisse, convaincu que le monde se partage entre les forts et les losers et que les contestataires ne sont que des rêveurs condamnés à l’échec. Mais le secret qu’il cherche à couvrir n’a rien à voir avec ses affaires. Il concerne les relations qu’il entretient avec son frère Paul (Willem Defoe), un ingénieur génial mais que son caractère relègue à la catégorie des losers. Et surtout avec une fille maintenant adulte qu’il ne veut et ne peut reconnaître.

Le titre original du film est « Motherless Brooklyn » (Brooklyn orpheline). Lionel Essog et Laura Rose ont en commun d’avoir été abandonnés à la naissance. Ils sont tous deux touchés par un handicap. Pour Laura, celui d’être métisse, pas totalement noire comme son père d’adoption, musicien dans un club de jazz, pas totalement blanche comme la plupart de ses collègues avocats. Lionel souffre quant à lui du syndrome de Gilles de la Tourette : par moments, il est pris de tics incontrôlables, son esprit déraille et il lui est difficile de reprendre ses esprits, surtout quand il est confronté à des situations de stress en présence d’autres personnes.

Edward Norton réussit à créer une ambiance unique en se fondant sur les codes du polar américain d’après-guerre : grosses voitures, bâtiments en briques avec les escaliers de secours en façade, lumière crépusculaire, chapeaux et tailleurs, musique de jazz. « Brooklyn Affaires » est, comme l’écrit Fabrice Leclerc dans Paris Match « une fable sombre sur le pouvoir et un film lumineux sur le rapport à la différence ».