Dilili à Paris

Arte TV a récemment diffusé « Dilili à Paris », film d’animation de Michel Ocelot (2018). Envoûtant.

 Dilili est une fillette qui, autour de 1900, fait partie d’un groupe de Kanaks qui se produisent en spectacle pour les Parisiens amateurs de « zoos humains ». La saison étant terminée, elle souhaite visiter Paris avant de retourner dans son île.

 Dilili est éveillée, curieuse, cultivée. Il faut dire qu’elle est allée à bonne école. Son institutrice en Nouvelle Calédonie était Madame Michel, Louise de son prénom, Louise Michel donc, déportée après la Commune sur le Caillou. Elle rencontre Oriel, un jeune livreur qui, avec son cycle triporteur, arpente les rues de la Capitale au service de l’intelligentsia.

« Je suis ravie de faire votre connaissance », dit Dilili à chacune des personnalités qu’Oriel lui fait rencontrer. Et l’on partagerait le même enthousiasme. Pour n’en citer que quelques-uns, Auguste Rodin et Camille Claudel, Monnet, Picasso, Pasteur, Renan, Eiffel, Erik Satie, Marcel Proust…

 Une scène mémorable fait se rencontrer Dilili et Toulouse Lautrec. Comme l’artiste est d’une taille anormalement petite, il prend place dans le compartiment-marchandises du triporteur d’Oriel aux côtés de Dilili, et commence une mémorable traversée de Paris.

 En surface, tout est lumière, élégance, grâce. Mais dans les égouts sévit la secte des Mâles-Maîtres, qui enlève des fillettes pour les asservir et les obliger à vivre à quatre pattes. Sarah Bernhardt, la cantatrice Emma Calvé et Marie Curie tiennent avec Dilili un conseil de guerre pour libérer les petites captives. Elles obtiennent de Santos Dumont qu’il construise un immense dirigeable dont l’hélice sera mue par le pédalage des enfants, qui s’évadent par la voie des airs.

 « Dilili à Paris » est donc un film résolument féministe. Son esthétique, celle de l’Art Nouveau, si résolument féminin, m’a fasciné. Une scène magnifique du film montre Dilili traversant l’appartement de Sarah Bernhardt chevauchant la panthère apprivoisée de la comédienne. Chaque pièce traversée constitue un bijou de l’architecture d’intérieur de la Belle Epoque.

 Le documentaire de Michel Ocelot prend des libertés avec la chronologie et plonge à multiples reprises le spectateur dans la fantaisie et le rêve. Sa dimension onirique contribue à le rendre fascinant, autant pour les adultes que pour les enfants.