Hommage

Ma mère, Micheline Denecker, est décédée le 16 octobre à l’âge de 94 ans. Ce texte lui rend hommage.

 Maman est décédée il y a une semaine, soudainement, dans son fauteuil alors qu’elle prenait son petit déjeuner. Elle aura été surprise de ce dénouement, elle qui venait de renouveler pour deux ans son abonnement à Télérama. Mais il l’aurait enchantée : elle ne craignait rien plus que la dépendance et la perte de conscience de soi. « Pfuitt… » disait-elle angoissée face à la répétition de ses trous de mémoire.

Ma sœur, mon frère et moi avons reçu de nombreux témoignages sur notre maman. Ils parlent de famille, d’élégance, de curiosité et de force.

 La famille a toujours tenu une place centrale pour maman. Il faut bien sûr parler de son amour éternel pour son mari Jean, notre père, qu’elle a accompagné avec courage et ténacité dans ses années d’invalidité. De ses enfants, de ses 6 petits-enfants, de ses 12, bientôt 13 arrière-petits-enfants. Elle entretenait, au fil des faire-part, un inventaire exhaustif des naissances, des mariages et des décès dans les familles Deletombe, celle de sa naissance, et Denecker, celle d’adoption.

Avec Jean Denecker vers 2010

Élégance. Celle du corps, des vêtements, des chapeaux. Et puis celle de l’âme, qui tourne le dos aux jugements hâtifs, aux médisances, aux petites bassesses de la vie en société. Celle qui fait accepter, finalement et non sans douleur, que ses propres descendants ne partagent pas les mêmes croyances.

 Curiosité. Maman était avide de comprendre le monde tel qu’il est aujourd’hui. Elle ne ratait aucune émission de « C dans l’air » et lisait La Croix de la première à la dernière page. Elle aimait les livres, allait au cinéma.

 Maman possédait une force peu commune. Ces derniers mois encore, elle allait à pied faire ses courses au Monoprix et participer à un groupe biblique à la paroisse. En juillet, elle s’est baignée dans les vagues à Carcans Plage. La veille de sa mort, elle s’émerveillait du beau temps qui lui avait permis une belle promenade au parc de Bécon.

 À peine la guerre finie, son père dit à la petite Mimi, alors âgée de 19 ans : « maintenant tu passes ton permis ! » Elle était lancée dans la vie. Une belle vie.