L’être ou pas

La pièce « l’être ou pas », jouée au Théâtre Antoine à Paris jusqu’au 27 mars par Pierre Arditi et Daniel Russo offre au spectateur matière à rire et à réflexion.

 La pièce de Jean-Claude Grumberg s’appelait initialement « pour en finir avec la question juive ». Les événements de janvier ont amené à lui attribuer un titre shakespearien (to be or not to be…) moins provocateur.

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Depuis des années, deux voisins ne s’échangent dans l’escalier de leur immeuble que de polis « bonjour bonsoir ». Mais aujourd’hui, le voisin de l’étage du dessous interpelle celui du dessus. Sa femme a découvert sur Internet que ce dernier « l’était », il était juif. Mais qu’est-ce qu’être juif ? Est-ce qu’une caractéristique que l’on hérite de ses parents ? Est-ce une identité que l’on ne possède que si l’on y consent ? Est-ce une religion, mais dans ce cas un juif non pratiquant qui adore les cochonnailles l’est-il vraiment, juif ?

 Le Juif est ébaubi par l’ignorance crasse que révèlent les questions de son voisin missionné par sa femme. Voici qu’il est accusé d’avoir spolié les Palestiniens de leur terre et sommé de la leur rendre. Il reconnait le problème qui s’attache aux terres « deux fois promises » et promet de s’attaquer personnellement à la restitution des terres palestiniennes… après avoir personnellement résolu le problème du chômage en France.

 Toute la pièce est placée sous le signe de l’humour, un humour parfois grinçant à la mesure des douleurs, des chagrins et des haines que charrie l’histoire. La femme du non-juif se passionne pour le Talmud et choisit pour coach un rabbin nord-américain avec lequel elle communique par Internet. Peu à peu, le catholique bon teint se laisse convertir à un judaïsme ultra-orthodoxe. Il devient en quelque sorte plus juif que son voisin Juif.

 On rit d’un bout à l’autre de cette pièce bien mise en scène par Charles Tordjman, bien interprétée par Pierre Arditi et Daniel Russo et rendue brillante par des dialogues percutants. Mais Charlie nous a appris le rôle subversif du rire. Au-delà de la dérision, il y a un message urgent sur l’absurdité du fanatisme religieux et le besoin de tolérance.