Moustaki

Georges Moustaki, qui vient de décéder à l’âge de 79 ans, a influencé mon parcours personnel dans les années soixante-dix.

 « Viens, écoute ces mots qui vibrent sur les murs du mois de mai »… Moustaki faisait vibrer en nous des mots qui parlaient de droit au bonheur, de révolution permanente, tout est possible, tout est permis, je n’attends que toi… C’était une revendication calme, physique, évidente.

 Le paradigme de ma vie jusque là avait été celui défini par des mystiques chrétiens, en premier lieu Blaise Pascal et les deux Thérèse, d’Avila et de Lisieux. Je m’efforçais de m’abstraire du superficiel pour aller à l’essentiel. Je cherchais à m’arracher de la pesanteur du matériel pour atteindre le spirituel. Je croyais en l’immortalité de l’âme séparée de son enveloppe corporelle mortelle, et je pensais trouver la vraie vie dans l’âme contre le corps.

 Moustaki, parmi d’autres mais de manière insistante, provoqua en moi un déplacement. Jouir n’était pas une distraction. Cueillir les fruits de la vie et se blesser à ses épines, ce n’était pas faire l’école buissonnière. Le spirituel n’était pas à côté, ou à l’opposé, de l’expérience corporelle : on y accédait par le toucher, la vue, le goût, l’ouïe et l’odorat et par la rencontre sensuelle d’autrui. Vivre intensément sa vie, c’était aussi accepter le drame du vieillissement et de la mort définitive.

 Je continue à admirer Blaise Pascal et sa passion pour l’infini, Thérèse d’Avila et la nuit obscure, Thérèse de Lisieux et l’amour révélé par les petites choses. Mais je crois que le spirituel émerge du matériel, que le rire est l’autre versant des larmes, que la souffrance n’est pas rédemptrice et que le plaisir fait partie intégrante de l’aventure humaine.

 Yussef Giuseppe Mustacchi, le métèque devenu à la scène Georges Moustaki, m’a apporté par ses mélodies douces et ses paroles neuves un souffle d’air bienvenu au moment où je devenais adulte.

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Georges Moustaki à l’Ile Saint Louis