Raoul Taburin

Adaptation cinématographique d’un album de Sempé, « Raoul Taburin » a été réalisé par Pierre Godeau en 2018, avec Benoît Poelvoorde et Édouard Baer dans les rôles principaux.

Dans un village reculé de la Drôme, dans un passé indéterminé dont les automobiles, les VTT et les VAE sont absents, Raoul Taburin (Benoît Poelvoorde) est une célébrité locale. Réparateur de bicyclettes, il est d’une efficacité redoutable.

Mais surtout, il est entouré d’une aura de héros. Si on ne l’a jamais vu monter à bicyclette, c’est que c’est un surdoué modeste qui ne veut pas impressionner. Ne l’a-t-on pas vu, enfant, lors d’une sortie de classe à vélo, descendre une colline à toute vitesse et réussir un double saut périlleux arrière chevauchant sa machine, avant de plonger gracieusement dans le lac avec elle ?

Le problème qui ronge Raoul depuis son enfance, c’est qu’il est dénué d’équilibre, et qu’il n’a jamais su faire de vélo. Pourtant, il passe pour un as du cyclisme. Le critérium local portera même son nom. Il se trouve dans la position d’un imposteur malgré lui. Pour ménager sa femme Madeleine (Suzanne Clément) et leurs deux enfants, il garde son secret pour lui.

Raoul ne parvient pas à se détacher du vélo. Non seulement il vit entre selles, guidons, cadres, fourches, pédales, chaines, pignons, rayons ou pneus toute la journée, mais quand il se promène, son vélo le suit, sans appui, aussi fidèlement qu’un âne.

Il faut l’installation au village d’un photographe, Hervé Figougne (Édouard Baer) pour que l’imposture menace d’être révélée. Une solide amitié se noue entre les deux hommes, Figougne lui aussi ne tenant pas en selle. Mais le photographe rêve d’un cliché immortalisant son ami, le héros de la petite reine, en pleine action. Raoul Taburin sait qu’il peut lui coûter la vie.

L’intrigue du film de Pierre Godeau est mince, mais on se laisse enchanter par la poésie de cet espace intemporel  dans lequel l’image a plus de poids que le réel et où l’on peut, pour quelques secondes, échapper à la pesanteur.