Rire de la religion

L’assassinat de l’enseignant Samuel Paty par un jeune Tchétchène au motif qu’il aurait insulté le prophète en évoquant dans sa classe les caricatures de Mahomet pose de nouveau cette question : est-il possible de rire de la religion ?

 « Transhumances » est revenu à plusieurs reprises sur la question des relations entre le rire et la religion, en particulier en septembre 2015 et juillet 2020.

 Les religions sont de formidables vecteurs d’expériences spirituelles. Elles charrient de siècle en siècle des manières de dire le destin, la vie, la mort. Elles parlent d’alliance, de communauté, de fraternité. Leurs textes sacrés représentent un trésor linguistique, ils atteignent à une perfection narrative et poétique.

L’islam ne fait pas exception. La prière des fidèles et le rite du pèlerinage placent les croyants sur un pied d’égalité devant Dieu, sans considération du rang qu’ils occupent dans la société. L’aumône est l’un des piliers de la religion, c’est-à-dire la préoccupation permanente des plus pauvres.

La religion pose problème lorsque certains s’arrogent le droit de parler au nom de Dieu, qu’il s’agisse de clercs ou d’ultra-militants. Lorsque ces dévots dictent la volonté soi-disant divine à la société civile, la religion devient dangereuse. Quand ils prononcent des arrêts de mort sur des personnes caractérisées d’impies, la religion relève de l’horreur obscurantiste.

 Quel est le critère qui permet de discerner les formes de la religion qui contribuent à l’éveil de l’humanité, et celles qui apportent la mort ? Il faut le chercher du côté du rire. Le rire qui permet de ne rien prendre trop au sérieux, qui interdit de s’ériger en juge d’autrui. Le rire qui fait du bien, le rire respiration, le rire libérateur.

 Faut-il rire de la religion ? Oui bien sûr, surtout si l’on est soi-même croyant.