À Sagres, sur les traces d’Henri le Navigateur

Sagres, à l’extrême sud-ouest du Portugal, est aujourd’hui considérée comme la Mecque des surfeurs. Dans l’histoire, son nom reste attaché à celui d’Henri le Navigateur.

L’Infant Dom Henrique (1394 – 1460) est mort à Sagres. La forteresse que l’on visite ne conserve plus grand-chose de ce que fut la plateforme à partir de laquelle il conçut la domination maritime du Portugal et la route de l’Inde par le contournement de l’Afrique.

Dans son livre « le continent des imprévus », Patrick Lagadec, s’appuyant sur l’ouvrage de Daniel Boorstin, « les découvreurs », évoque la grande figure de cet entrepreneur savant et visionnaire.

Le Cap Saint-Vincent, extrémité sud-ouest de l’Europe, vu depuis la forteresse de Sagres

« Henri va faire de Sagres un centre de cartographie, de navigation et de construction navale. Il sait que, pour aller dans l’inconnu, il faut d’abord marquer clairement les limites du connu. Et donc remplacer les caricatures des géographes chrétiens par des cartes dignes de ce nom, établies avec soin et par étapes.

« Il accumula, pour tracer les contours des côtes, les témoignages des marins. Les Juifs étaient partout, depuis longtemps, de grands ambassadeurs culturels. Aussi fit-il venir à Sagres Jehuda Cresques, fils d’un célèbre géographe. Il fut chargé de superviser la compilation des renseignements géographiques rapportés par les navigateurs du prince. Henri exigea de ses marins un journal de bord ainsi que des croquis précis et exhaustifs. […] Le prince ordonna que tout fût noté avec précision sur des cartes marines, que l’on était tenu de rapporter à Sagres, de manière à fonder une cartographie scientifique.

Statue d’Henri le Navigateur, à Lagos

À Sagres, affluèrent marins, voyageurs et savants, chacun porteur d’un fragment de réalité́ ou d’une nouvelle approche des faits. Il y avait là, outre des Juifs, des Musulmans et des Arabes, des Génois et des Vénitiens, des Allemands et des Scandinaves, et, lorsque l’exploration progressa, des Noirs d’Afrique occidentale. Se trouvaient aussi réunis les récits manuscrits des grands voyageurs, que le frère du prince Henri, don Pedro, avait rapportés d’un voyage dans les cours d’Europe (1419-1428).

Henri réunit à Sagres tous les éléments d’un véritable institut de recherche. Il fit venir livres et cartes ; maitres de navires, pilotes et marins ; cartographes et fabricants d’instruments ; constructeurs, charpentiers et autres artisans, pour organiser les voyages, examiner les résultats obtenus, lancer des expéditions toujours plus avant. Un travail qui, une fois commencé, ne devait plus jamais cesser.»

A Lagos, stèle commémorative du transfert des cendres d’Henri le Navigateur de l’église de Santa Maria da Graça, détruite par le tremblement de terre de 1755 au monastère de Batalha.