De sas en sas

Le premier film réalisé par la comédienne Rachida Brakni, « de sas en sas », s’attache aux femmes qui visitent des proches incarcérés à Fleury-Mérogis.

Elles sont sept femmes d’âges différents. Judith (Judith Caen) est accompagnée d’une adorable gamine. Fatma (Samira Brahmia) et Nora (Zita Hanrot) sont mère et fille et viennent visiter leur fils et frère. Plusieurs parlent entre elles un dialecte arabe mâtiné de français. La plupart viennent là depuis longtemps. Ce n’est pas le cas de Marlène (Fabienne Babe) qui vient pour la première fois et est effarée par le monde qu’elle découvre.

Le parcours pour accéder au parloir famille, de sas en portique de sécurité en autre sas est un parcours du combattant : vérification des habilitations, réception et contrôle des colis de linge, salles d’interminable attente.

La chaleur, en ce jour de canicule, est étouffante. Dans la salle où patientent les visiteurs, la bombonne d’eau potable est vide. Dehors gronde la rumeur de la révolte des détenus exaspérés par le confinement dans des cellules surchauffées.

La température monte aussi entre les visiteuses. La souffrance que leur impose l’incarcération d’un proche se traduit en honte, en culpabilité (de n’avoir pas su le détourner de commettre des bêtises, de ne pas le visiter assez souvent, de le tromper avec un autre…), en haine contre des familles du quartier qui donnaient le mauvais exemple.

On ne voit pas, dans le film de Brakni, les hommes que visitent ces femmes ; En revanche, les relations qu’entretiennent celles-ci avec les surveillants est finement analysée. La toile de fond est un rapport de force « entravants » / « entravés » qui se superpose dans le film à un conflit hommes / femmes. Pour se faire entendre, ces dernières insultent, supplient, séduisent.

Les surveillants sont présentés, comme les visiteuses, comme des victimes du système carcéral. « Je suis fonctionnaire, je fonctionne », dit l’un d’entre eux à une visiteuse qui, invoquant des relations de voisinage, tente de le convaincre de laisser entrer une ceinture, un article prohibé.

Le jeune stagiaire qui assiste le surveillant chargé du parloir, désabusé et proche de la retraite, est épouvanté par le chaos dans lequel il se trouve plongé. Lorsque les visiteuses chauffées à blanc se jettent les unes contre les autres dans une rixe sans merci, il disparait purement et simplement de la scène.

Les images sont rendues en fort contraste, comme pour souligner visuellement la dualité dedans / dehors. L’ambiance sonore de la prison, les cris des captifs, l’entrechoquement des clés et des grilles, le hurlement des sirènes d’alarme, est amplifiée.

« De sas en sas » constitue un beau témoignage sur la prison au moment où au lieu de s’atteler véritablement à la mise en place de peines alternatives, le gouvernement lance la construction de 21 nouvelles prisons pour 16 000 places supplémentaires.