Dedans Dehors

La lecture de « Dedans – Dehors », le magazine mensuel de la section française de l’Observatoire International des Prison s (OIP) offre au lecteur une mine d’informations et de réflexions sur la situation carcérale.

Voici comment se positionne l’OIP. Depuis 20 ans, « il fait connaître l’état des conditions de détention en France, défend les droits et la dignité des prisonniers et contribue au débat public par un travail rigoureux d’éclairage et d’analyse des politiques pénales et pénitentiaires, au cœur des problématiques de notre société. »

Le n°91 (avril 2016) du mensuel « Dedans – Dehors » a pour thème « activités en prison, le désœuvrement ».

Anne Chereul relate le témoignage de Danièle, qui avait mis en place des groupes de parole en prison. « Dans la discussion, on parlait toujours de choses très simples. Le thème du voyage intérieur revenait souvent. Nous avons travaillé par exemple sur celui d’Ulysse. L’idée était de leur faire réaliser qu’eux aussi étaient en voyage, et de les faire s’exprimer sur « leur Odyssée » avec son lot d’obstacles, de souffrances, de ruses et de stratagèmes à déployer pour, finalement, retrouver un jour son île, sa famille, etc. Il y avait un peu de pudeur, mais petit à petit beaucoup de choses se libéraient. Il y avait toujours cette règle absolue de la bienveillance entre eux. Écouter les autres sans jugement : c’était extrêmement important, dans un lieu régi par la violence et les rapports de force. » L’idée d’entreprendre un « voyage intérieur » par lequel « des choses se libèrent » est pour le moins audacieuse s’agissant de prisonniers.

Les femmes représentent 3,5% de la population carcérale : si les criminelles sont peu nombreuses, elles sont majoritairement condamnées pour des crimes graves.

Atelier dans un quartier « femmes ». Photo extraite du documentaire « Détenues » de Marie Drucker

L’artiste Nicolas Frize, qui intervient depuis près de trente ans en prison, est interrogé dans ce numéro par Laure Annelli. Il souligne l’impuissance de l’institution face à la situation paradoxale et perverse dans laquelle se trouvent les détenus : « se réinsérer en étant coupés du monde ! » Les détenus « ont une vision de la vie et des rapports sociaux dysfonctionnelle. Pour beaucoup d’entre eux, les choses ne se demandent pas, mais se prennent. On prend le corps de l’autre, on prend sa voiture, sa maison, son argent. Pour d’autres, les conflits ne se règlent pas, ils se soldent par leur négation ou par la violence. Cette vision de la vie résulte de trajectoires psychiques dévastées, d’un manque de confiance en soi, de problèmes affectifs, mentaux, de conception machiste des rapports sexuels, de méfiance par rapport à la loi. C’est tout cela qu’il faut réparer. »

Ce numéro de « Dedans – Dehors » s’intéresse aux prisons suédoises. Deux chercheuses au Conseil suédois pour la prévention des crimes et des délits soulignent l’importance des activités en prison. « En multipliant les possibilités de dialogue entre détenus et surveillants, elles participent d’une approche dynamique de la sécurité. On accompagne et on « gère » mieux une personne lorsqu’on sait ce qui se passe dans sa tête. » Et encore : « aucune activité ne garantira jamais qu’une personne ne réitère pas. Mais peut-être que la participation à des ateliers de resocialisation et d’autogestion aura permis à cette personne de reprendre sa vie en main, d’être capable de préparer le dîner à ses enfants, ou de les aider avec leurs devoirs. »

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