Donner corps à nos désirs

Osons-nous donner corps à nos désirs ? Ou bien nous barricadons-nous derrière nos interdits et nos habitudes ? Cette question se pose aussi bien pour les individus que pour les sociétés.

Dans « le fabuleux destin d’Amélie Poulain », film culte de Jean-Pierre Jeunet (2001), Amélie s’ingénie à faire le bien aux autres tout en se rendant invisible. Mais quand elle tombe amoureuse de Nino Quincampoix, les stratagèmes n’ont plus cours : il faut prendre le risque de la rencontre, la rencontre des corps.

« L’homme de verre » enjoint à Amélie de se cogner à la vie, de cesser d’être lâche. Mais dans un film d’archive à la télévision, Staline, le mauvais ange, plaide dans l’autre sens : rater sa vie est un droit inaliénable !

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Dans un texte récent, Carolina Carretero, membre de l’institut européen de coaching, nous invite, elle aussi, à aller de l’avant malgré les blessures :

« Equivócate.

Camina en la dirección incorrecta.

No esquives las piedras.

No saltes lo charcos.

Ensúciate.

Es mejor ir por la vida con moratones de valentia, que con lágrimas de cobardia. »

« Trompe-toi. Chemine dans la mauvaise direction. N’esquive pas les pierres. N’évite pas les flaques. Salis-toi. Il est préférable d’affronter la vie avec au corps des bleus de courage, qu’avec des larmes de lâcheté. »

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Comment exister, si on est parvenu à étouffer en soi le moindre souffle de désir ? Puisqu’on n’est pas structuré par des projets qu’on peut partager, on ne peut exister comme personne distincte qu’en s’environnant d’une barrière de protection. Il y a les interdits que l’on s’impose à soi-même, les habitudes devenues une seconde nature, les obligations que l’on choisit de respecter. On apprend à devenir passif face à son destin et paradoxalement à prélever chez autrui de l’énergie vitale, alors même que la barrière nous en sépare.

La même structure de pensée peut se transposer à l’échelon des sociétés. À l’échelle d’un pays, beaucoup conçoivent l’identité nationale comme un ensemble d’interdits et d’obligations, et non comme le désir de bâtir et de réaliser un projet ensemble. Ce corpus contraignant est censé tracer une frontière entre ceux qui adhèrent et les étrangers.

Les religions se situent à la fois du côté du désir et de son étouffement. D’un côté, la fraternité, le don de sa propre vie, l’élan missionnaire ; de l’autre, les dogmes, le pur et l’impur, les syllabus et les fatwas.

Au plan individuel comme en société, prenons le risque de nous cogner à la vie, de donner corps à nos désirs !

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