Inventer sa vie

Dans « inventer sa vie », Jean-Louis Étienne invite ses lecteurs à faire le choix de la route qui n’existe pas, la leur, unique.

Le livre est construit autour de mots clés qui constituent l’abécédaire de Jean-Louis Étienne : « Âge », « Amitié », « Amour », « Anglais », « Antarctique »… « Voitures », « Voyages ».

Cette construction de l’ouvrage exclut toute continuité spatiale ou temporelle. Le lecteur passe du récit d’une exploration à des souvenirs d’enfance, de l’évocation d’étapes professionnelles à l’énonciation du crédo d’un écologiste convaincu.

Expédition Transantarctica, 1990

J’avais été impressionné par l’interview de Jean-Louis Étienne par Étienne Klein dans « la conversation scientifique », sur France Culture. Il racontait comment ses piètres résultats en sixième l’avaient fait orienter sur une formation d’ajusteur-fraiseur. Ce n’est que bien plus tard, lorsqu’un de ses fils fut diagnostiqué comme dyslexique qu’il comprit son handicap. Il aima cette formation, qui l’ancra dans le réel, lui fit prendre confiance. Il raconte qu’à une journaliste qui lui demandait un lieu où il se sentait bien, il cita le Castorama de la Place Clichy ou le sous-sol du BHV : un monde d’outillage.

Il eut la chance de trouver sur sa route un enseignant qui lui conseilla de poursuivre ses études, et une réforme de l’enseignement qui créait les bacs professionnels, ce qui lui ouvrit les portes de la faculté de médecine. Devenu chirurgien, il découvrit que l’outillage, la pose des vis, plaques ou broches lui étaient d’emblée familiers, grâce à sa formation initiale de tourneur-fraiseur.

Son livre constitue un éloge de l’audace. « L’aventure, c’est avant tout l’acceptation de l’incertitude et une longue persévérance, la lutte contre la tentation de l’abandon ou le repli sur l’échec. C’est une part de renoncement au confort sécurisé. Un confort qui retient comme une ancre flottante et se paye par des regrets sourds, des frustrations d’envies restées dans le placard. »

« Ce que nous faisons de notre vie, écrit-il, ne doit pas être une fuite des angoisses dans le rejet du risque et de l’aventure, mais un apprentissage de la peur ». Ou encore : « au fil des expériences, on débourre son audace jusqu’à se surprendre soi-même ». « On ne repousse pas ses limites, on les découvre. »

Plusieurs passages sont consacrés à la relation entre l’homme et la nature : « ce mutant surdoué est doté d’une intelligence appliquée remarquable et va créer des outils surpuissants capables de destructions massives (…) Depuis un siècle, l’Homme s’est mis en rupture avec le cycle de la Nature, qu’il dénature sans discernement. » Jean-Louis Étienne plaide pour une restauration du contrat entre l’homme et son environnement, dans la politique internationale bien sûr, mais aussi dans la vie quotidienne de chaque personne qui qu’elle soit, où qu’elle soit.