L’abbaye du Thoronet

L’abbaye du Thoronet, dans l’arrière-pays varois, est l’un des plus purs exemples d’architecture cistercienne.

 L’abbaye est nichée au fond d’un vallon aujourd’hui asséché par suite de l’exploitation de la bauxite, mais autrefois marécageux. Elle n’impressionne pas par ses dimensions : elle n’a guère compté qu’une trentaine de moines adonnés à la prière et une cinquantaine de frères convers chargés des tâches matérielles. Les bâtiments ont été implantés de manière irrégulière, en tenant compte du terrain. Pourtant, c’est une impression d’harmonie et de force spirituelle qui s’impose au visiteur.

 

L'église abbatiale

L’église abbatiale

Nous bénéficions d’une visite guidée par une personne d’une grande culture historique, artistique et religieuse. Elle nous explique la fondation de l’abbaye en 1160 par des moines venus d’Ardèche, qui appartenaient à l’ordre de Cîteaux, fondé par Bernard de Clairvaux pour revenir à la lettre de la règle de Saint Benoît.

 Quinze ans plus tôt, Bernard avait prêché la seconde croisade. On peut penser que la construction du Thoronet s’inscrivait aussi dans le projet de christianisation d’un territoire qui avait été sarrasin (musulman) pendant près d’un siècle. Le nom de Ramatuelle, à une cinquantaine de kilomètres de l’abbaye, vient probablement de l’arabe « rahmat ulllah », « miséricorde divine ».

 La guide nous explique la méfiance des Cisterciens pour les arts visuels : l’œil est considéré comme la porte des fantasmes et du mal. On ne trouve pas au Thoronet trace des fresques colorées qui couvriront les cathédrales ; les chapiteaux sculptés se limitent à quelques symboles et évitent les scènes bibliques ou le bestiaire qui font la beauté de tant d’églises romanes ou gothiques. En revanche, l’ouïe est le sens le plus valorisé. À l’entrée du cloître, une source chante et permanence et permet les ablutions rituelles. L’église abbatiale possède une sonorité unique au monde, que notre guide nous démontre en entonnant, à mi-voix, un alléluia : nos oreilles vibrent autant qui si un chœur avait clamé Carmina Burina.

 Deux symboles se trouvent sur plusieurs chapiteaux : la feuille de roseau, cette plante qui pousse dans la fange noire, tout comme l’âme s’extrait du corps pour atteindre sa dimension spirituelle ; la pomme de pin, symbole de la communauté centripète et solidaire.

La pomme de pain, le roseau, le trèfle de la connaissance

La pomme de pain, le roseau, le trèfle de la connaissance