Le trou

Arte TV a récemment diffusé le dernier film réalisé avant sa mort en 1960 par Jacques Becker, Le trou, dans une version restaurée.

Claude Gaspard (Marc Michel), incarcéré à la prison de la Santé sous l’accusation de tentative de meurtre, rejoint en cellule Roland (Jean Keraudy), Jo (Michel Constantin), Manu (Philippe Leroy) et « Monseigneur » (Raymond Meunier). Ceux-ci préparent leur évasion. Ils tentent de scruter la personnalité du nouveau venu. Est-il vraiment l’un des leurs ? Peut-on lui faire confiance ?

Les cinq mettent à exécution leur projet, avec détermination et créativité. Le plan consiste à creuser un trou sous le plancher de la cellule, d’accéder par la cave de la prison au réseau d’égouts et de trouver ainsi le chemin de la liberté. On invente un périscope pour faire le guet des mouvements de gardiens dans la coursive. On transforme un pied de lit en pioche. On fabrique un passe-partout avec un bout de ferraille. On bricole un sablier pour achever les travaux de forage avant que sonne l’heure du réveil. Et surtout, on lime, on pioche, on dégage jusqu’à épuisement.

Gaspard est fragile. Il se dit innocent. Si sa femme retire sa plainte, il sortira vite. La tentation de trahir pour tirer son épingle du jeu est forte. Le directeur de la prison (André Bervil) a bien repéré ce jeune homme sympathique et élégant. Le manipuler ne serait qu’un jeu d’enfant.

Le trou, c’est la prison dans lequel sont enfermés ces hommes. C’est la cavité qu’ils ont creusée et qui devrait les mener à la réalité. C’est le piège dans lequel tombe Gaspard, faisant tomber sur sa vie la chape de plomb de la honte et du désespoir.

« Le trou » est un film magnifique. Jacques Becker filme au plus près. Le spectateur est immergé dans l’action. Lorsque les détenus s’attaquent à un mur à coups de burins improvisés, la scène dure plusieurs minutes et l’on éprouve leur fatigue, leur détermination et leur vulnérabilité.

Le film s’inspirait d’un livre partiellement autobiographique de José Giovanni. Jean Keraudy, qui jouait le rôle de Roland, le cerveau de la bande, était lui-même un ancien taulard évadé. Pourtant, même si l’action est située en 1947, il ne peut être considéré comme un film sur la prison. Certaines scènes sont bien vues, comme celle où avec la complicité du surveillant-chef, la bande infligent une correction à des auxiliaires plombiers qui leur ont dérobé des cigarettes. Mais l’ensemble n’est pas crédible. Passons sur l’entassement, 5 détenus avec des matelas par terre : en 1947, l’afflux dans les geôles d’anciens collaborateurs avait provoqué une surpopulation carcérale.

Dans l’espace minuscule où ils sont confinés, il n’y a pas d’odeur, les vêtements sont toujours propres, il n’y a pas trace d’angoisse ou d’énervement.

Ce qui prive le contexte de crédibilité, c’est que Claude, Roland, Jo, Manu et « Monseigneur » sont riches. Ils sont en bonne santé, jeunes et beaux. Ils s’expriment bien. Ils ont l’esprit créatif et font preuve d’une détermination sans faille. Dans l’action, ils sont solidaires, se relaient pour les tâches les plus pénibles. Même en 1947, la prison se caractérisait par la promiscuité, la pauvreté matérielle et culturelle, les pathologies.

« Le trou » ne parle pas de l’univers carcéral. La prison de la Santé est le décor du film. Son sujet, c’est la loyauté, la fragilité des relations et la trahison.