Traces johanniques

Dans « Traces johanniques » (Le Corridor Bleu, 2018), Agnès Gueuret poursuit son travail d’écoute de la résonnance des textes de la Bible dans notre culture d’aujourd’hui. Elle lit le quatrième Évangile, celui de Jean.

« Transhumances » a consacré plusieurs articles aux ouvrages d’Agnès Gueuret. Le premier, il y a quatre ans, présentait le projet de l’auteur. Suivirent trois recensions : « sous le figuier », « les jougs de Jérémie » et « sous l’écorce des jours ».

L’écart temporel entre le texte de Jean et les lecteurs d’aujourd’hui est vertigineux : deux millénaires, des milliers de générations. Agnès Gueuret le récite avec ses mots à elle. Voici Jésus devant Pilate : « Quand, dans la cour d’honneur / le gouverneur le fit entrer / couvert d’épines / de plaies et de crachats / Jésus se tint debout / sans une plainte, sans un mot : / il se tenait avec les accusés de tous les temps / homme parmi les hommes : debout, sans faille ! » Et l’auteure de scander : « Hiroshima, Nagasaki / Birkenau, Ravensbrück / Bosnie : Srebrenica ».

Agnès Gueuret explique dans l’introduction qu’elle recherche une justesse dans le ton. Et c’est bien de musique qu’il s’agit, de rythme, d’accords, et aussi de silences. « La confiance n’est pas / exempte de questions. / Mais elle a pris appui / sur une résonance / une fondamentale / venue de loin frapper / un tambour sur sa peau / ou pincer en arpège / les cordes d’une harpe / secrètement présente / à l’intime de l’être ».

À l’heure de la passion de Jésus, « son corps est cette corde / en quête du tempo / ajusté à la source / où dissonance et assonance / recherchent l’harmonie (…) La mélodie soudain accélère son rythme / la tristesse envahit les cordes sous l’archet ».

Le silence est présent tout au long du texte d’Agnès Gueuret. Il structure sa partition. Elle évoque Jean, témoin de la crucifixion de Jésus : « saisi par cette mort / qu’il venait de toucher / il gardait le silence / en accordant son pas / à celui de Marie ». Quelques jours plus tard, les disciples essaient de comprendre le tombeau vide : « Ils s’en sont retournés. / L’un en s’interrogeant / écoutait le silence. »