Un chemin vers l’apaisement

L’Institut Français pour la Justice Restaurative (IFJR) a réuni 400 participants pendant deux jours dans une conférence internationale à l’Unesco.

L’IFJR a été créé en 2013 par un criminologue de l’université de Pau, Robert Cario, dans la dynamique de la « conférence de consensus » réunie par Christiane Taubira, alors ministre de la Justice. Trois ans plus tard, le succès est éclatant.

C’est que la « Justice restaurative » (ou réparatrice) ouvre la voie d’une régénération en profondeur du Système pénal, car ses fondements sont différents. Là où le Système pénal se polarise sur la punition d’un acte contraire à la loi, la Justice restaurative s’intéresse au rétablissement de l’équilibre social rompu par l’infraction. Le premier se penche sur ce qui s’est passé ; la seconde, sur ce qui peut advenir. Le Système pénal simplifie (est-il ou non coupable ?) ; la Justice restaurative va vers ce qui est humain, et donc complexe. Il met face à face le procureur représentant l’État et l’infracteur ; elle associe infracteur, victimes et « communauté » dans la recherche de moyens propres à réduire la souffrance causée. Il est vertical, du haut en bas ; elle est résolument horizontale et participative.

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Donner à la victime des réponses

À l’issue d’un procès pénal, les victimes sont satisfaites qu’un coupable ait été nommé et qu’elles aient été reconnues comme victimes. Certaines cherchent à se venger : aux États-Unis, les familles peuvent assister, derrière une vitre, à l’injection qui tue l’assassin de leurs proches. Mais le plus souvent, elles ressentent un sentiment de frustration, fait d’incompréhension, de sentiment d’injustice et d’insécurité. Que s’est-il passé ? Pourquoi s’en est-il pris à moi (ou à mon enfant, à mon époux…) ? Comment sortir de l’étau d’anxiété qui m’enserre depuis les événements ?

La Justice restaurative se présente comme un chemin vers l’apaisement. Elle ouvre un espace de parole qu’occupent, sur la base du volontariat, des infracteurs, des victimes (pas forcément liés par la même affaire) et des citoyens accompagnants, nommés « membres de la communauté » par acclimatation de la terminologie anglo-saxonne. Dans tous les cas, un médiateur, ou faciliteur, spécialement formé à ce travail, gère les débats et fait en sorte qu’ils se déroulent dans le respect des personnes et qu’ils garantissent leur sécurité psychologique.

La Justice restaurative peut prendre de multiples formes. Lorsqu’elle met face à face, avant le jugement, un infracteur et sa victime, sans présence d’un citoyen accompagnateur, le processus ressemble à la médiation pénale. Dans sa modalité « post-sentencielle », quand elle met en présence des personnes auteurs ou victimes du même genre de crime, elle pourrait s’apparenter à un processus thérapeutique, quoique les acteurs de la Justice restaurative récusent cette parenté.

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Des réalisations encore modestes

On est frappé par le contraste entre l’engouement dont jouit la Justice restaurative et la modestie des réalisations en France. L’IFJR compte mener à bien cette année 33 programmes dans 22 cours d’appel. Si on compte une quinzaine de participants par programme, ils ne seront guère plus nombreux que les 400 congressistes de la Conférence internationale à l’Unesco. Cela tient au fait que l’IFJR exige une organisation et une animation rigoureuses des rencontres de Justice restaurative.

Un grand soin est apporté à la rédaction de cahiers des charges et de chartes de déontologie, à la sélection des participants, aux entretiens préalables, à la définition de lieux neutres et sécurisants, à la formation des animateurs et des « membres de la communauté ». Cette rigueur méthodologique tend à figer les rencontres dans une typologie restreinte et à limiter fortement leur nombre. Le goulot d’étranglement qui est ainsi créé est de nature à décourager des bonnes volontés. Les responsables de l’IFJR pensent néanmoins qu’un risque plus grand serait le « n’importe quoi », alors même que le terme « restauratif », devenu à la mode, tend à être utilisé par des activités aussi diverses que des pratiques de yoga ou de coaching.

Le plus grand mérite de la conférence à l’Unesco a été de communiquer des expériences menées dans plusieurs pays, notamment aux États-Unis et au Canada. Elles seront sources d’inspiration pour beaucoup de congressistes désireux, eux aussi, de mettre en place des chemins vers l’apaisement.