Un dernier verre

Françoise Menétrey est décédée le 10 février. Trois semaines plus tôt, j’avais pris avec elle « un dernier verre ». Qui, dans mon cas, était aussi le premier.

Françoise était une personnalité de l’Association nationale des visiteurs de prison (ANVP). À soixante-quinze ans, elle visitait assidûment des détenus. Elle était la rédactrice en chef de la revue de presse et du magazine de l’association. J’avais eu l’occasion de correspondre avec elle à distance, par courriel, pour lui signaler des informations glanées dans des journaux, lui proposer la recension d’un ouvrage traitant de la prison ou répondre à sa sollicitation d’un article pour « Le Visiteur ». Je n’avais jamais eu l’occasion de la rencontrer.

J’ai assisté à ses côtés à deux conférences sur la Justice restaurative : l’une en novembre 2016 à l’initiative de la Fédération Citoyens et Justice, l’autre organisé en janvier 2017 à l’Unesco par l’Institut Français pour la Justice restaurative. On désigne par « Justice restaurative » un courant de pensée et des pratiques qui visent à renouveler la justice pénale en plaçant en son cœur la restauration de l’équilibre rompu par l’infraction et non pas seulement le châtiment de l’infracteur.

Françoise Menétray parlant des prisons à une réunion du Rotary Club

J’ai découvert en Françoise une petite femme énergique, trottinant avec une canne mais bien décidée à aller où bon lui semblerait sans se laisser commander par ses jambes ni ses pieds. Elle assistait aux conférences avec avidité. Elle prenait des notes sur une tablette numérique, au milieu de congressistes plus jeunes qui en restaient au stylo et au papier.

J’avais raconté mon enthousiasme pour le livre coécrit par Agnes Furey et Leonard Scovens, « Wildflowers in the median ». Elle s’était proposée pour prendre contact avec l’éditeur américain, effectuer la traduction et chercher un éditeur en France.

À la pause déjeuner du congrès, elle me pria de déjeuner avec elle et le directeur du Service pénitentiaire d’insertion et de probation de l’Indre. Elle lui était reconnaissante d’avoir accepté qu’elle continue à visiter des prisonniers au-delà de la limite d’âge.

Nous nous sommes retrouvés en fin d’après-midi avec Christiane, une visiteuse impliquée dans un programme de Justice restaurative, dans un café pour prendre un verre. Le premier. Le dernier.