France

France 4 a récemment diffusé « France », film de Bruno Dumont (2021), dans lequel une journaliste star de la télévision est confrontée à l’enfer du monde.

France de Meurs (Léa Seydoux) a réussi dans la vie. Star du petit écran, elle est belle, admirée, on l’interpelle dans la rue pour faire des selfies. Elle vit avec son mari Fred (Benjamin Biollay) et leur fils dans un appartement, Place des Vosges, rempli d’œuvres d’art. Elle gagne beaucoup d’argent, cinq fois plus que son mari qui peine à se faire reconnaître comme écrivain.

Surtout, France est une grande journaliste. Elle n’a pas peur de se rendre sur des scènes de guerre ou à bord d’un zodiac plein de migrants tentant le voyage pour l’Europe. Et elle a le sens de la mise en scène : elle indique aux protagonistes filmés comment se placer pour que l’effet rendu soit spectaculaire. Action ! Coupez ! dit-elle dans ce rôle de metteuse en scène d’un théâtre médiatique.

Elle est accompagnée – on pourrait presque dire cornaquée – par son assistante Lou (Blanche Gardin) qui a les yeux rivés sur l’audimat et n’hésite pas à affirmer que « c’est comme ça que ça marche, la télévision : le pire, c’est le mieux. »

France est enivrée par sa réussite et sa  propre gloire, elle façonne dans ses reportages un monde bien rangé, mais elle voit les souffrances autour d’elle. La famille d’un jeune motocycliste qu’elle a renversé sombre dans la misère. Un jeune interprète sur un théâtre de guerre lui confie qu’il est architecte et qu’il ne peut exercer son métier. La femme d’un homme qui a assassiné une fillette découvre qu’elle a vécu vingt ans aux côtés d’un monstre.

Bruno Dumont donne à voir un système médiatique qui réarrange le monde à sa façon. « Autant au cinéma, dit-il, la mystification du réel est un pacte tacite avec un spectateur éclairé, autant à la télévision non, parce que le réel est prétendument le réel alors qu’il est représenté. » Une scène mémorable montre France et Lou, l’une sur le plateau, l’autre en régie, commenter le reportage sur les migrants : les migrants filmés sont plus vrais que nature, l’audimat va exploser. Problème : leur conversation passe malencontreusement à l’antenne.

Il nous présente surtout un personnage de femme d’une profondeur exceptionnelle. France de Meurs sombre dans la dépression, car l’écart entre le monde représenté par ses reportages et la réalité infernale ne peut être comblé. Il y a, ont relevé des critiques, quelque chose de mystique dans le personnage superbement joué par Léa Seydoux. Elle doit apprendre, peu à peu, à vivre entourée de démons. La dernière scène du film la montre appuyer sa tête sur l’épaule d’un homme qui fut son amant et l’a trompée jusqu’à devenir pour elle un démon.

De Léa Seydoux, Bruno Dumont dit « c’est une femme très émouvante au partage des zones crépusculaires comme des hautes clartés ». Souvent filmée en très gros plan, elle dégage une puissante émotion, soulignée par la très belle musique composée par Christophe.

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